PJL immigration, grève en Islande, l'intime et le politique, etc.
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L’examen du projet de loi “Pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration” a repris au Sénat le 6 novembre dernier pour s’achever aujourd’hui. Alors que le débat se poursuivra à l’Assemblée nationale en décembre, le Sénat a profité de ces quelques jours de discussions pour affirmer son manque d’humanité en agrémentant le texte de mesures injustes et discriminatoires : suppression de l’Aide médicale d’État (AME), suppression des allocations familiales et des APL pour les personnes en France depuis moins de 5 ans, etc. Ces mesures, comme le relève la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNDH) au sujet de la suppression de l’AME, sont inacceptables et créent une rupture d'égalité devant les services publics.
Pourtant, le texte initial était déjà suffisamment inquiétant et consacre, comme le dénoncent de nombreuses associations dans un communiqué de presse commun diffusé le 6 novembre, “des atteintes sans précédent aux droits des personnes exilées” : généralisation du juge unique à la Cour nationale du droit d’asile (avec une remise en cause de la collégialité qui permet de prendre en compte différents points de vue et d’obtenir des décisions plus équilibrées), maîtrise du français (qui peut constituer une source de discrimination), extension de la double peine (le texte prévoit qu’une expulsion peut être prononcée à l’encontre d’une personne étrangère pour toutes les infractions passibles d’une peine de 5 ans ou plus, quel que soit le verdict final), etc. (source : https://singafrance.com/histoires/nouvelle-loi-immigration-decryptage-et-enjeux/ )
Par ailleurs, on peut aussi se poser la question de la “nécessité” d’un tel texte quand l’on sait que plus de 20 textes législatifs ont été adoptés depuis les années 90 pour “réguler” une immigration qui serait soi-disant devenue “incontrôlable”, à en croire certains médias et éditorialistes. Or, il n’en est rien. Ce que nous montrent les chiffres (étude INSEE, “Immigrés et descendants d’immigrés en France”) c’est que la part des immigré·es en France a effectivement augmenté (10% en 2021 contre 6,5% en 1968) mais cette augmentation ne peut pas être qualifiée d’exponentielle.
Depuis des décennies, texte après texte, la question de l’exil est déshumanisée par la majeure partie des responsables politiques au pouvoir au profit d’une vision purement économique et sécuritaire, même à gauche. La personne en exil n’est tolérée qu’à la condition de travailler et de se faire discrète, mais il n’est jamais question de lui faire une véritable place dans notre société. La fameuse “intégration” promise par le gouvernement en échange d’une plus grande “fermeté” est hypocrite et repose sur une fiction selon laquelle la France est traditionnellement un “pays d’accueil”. Un pays d’accueil qui laisse des milliers de personnes mourir à ses frontières, un pays d’accueil qui ne fait rien pour enrayer une montée très inquiétante du racisme, un pays d’accueil où le ministre de l’Intérieur s’adonne toutes les semaines, à un funeste décompte sur X des “délinquants étrangers, connus des services de police et renvoyés dans leur pays”...
Dans un contexte où les lignes politiques sont totalement brouillées avec d’un côté une droite et un centre qui n’hésitent pas à porter des réformes discriminantes et de l’autre une gauche qui se laisse séduire par une vision utilitariste de la migration, il y a urgence à promouvoir une nouvelle perception, basée sur des considérations humaines et non purement sécuritaires ou économiques.
Ainsi, s’il y a une réforme à mener en matière d’exil, il s’agirait avant tout de se concentrer sur la mise en place d’un accueil digne de ce nom et sur le respect par l’État de ses obligations internationales. Il s’agirait aussi de condamner les entreprises françaises qui ont une responsabilité dans certaines crises écologiques qui poussent les personnes à l’exil. Il s’agirait aussi de lutter contre la violence administrative que subissent les survivant·es des violences sexuelles et sexistes en exil. Les associations dénoncent une forme de double violence car, en plus des violences sexistes et sexuelles que les personnes subissent, s'ajoute une violence administrative due à l’insécurité juridique dans laquelle elles se retrouvent en fonction de leur statut. Aussi, il est très courant que des victimes de violences ne poussent pas les portes des commissariats pour porter plainte de peur de se retrouver arrêtées en raison de leur absence de titre séjour valide. Nos responsables politiques, et en particulier les député·es qui devront se pencher sur le texte à partir du mois prochain, gagneraient à recentrer les débats sur l’importance d’accueillir dans les meilleures conditions les personnes en exil et sur la nécessité de lutter contre le racisme et le sexisme et toutes les autres formes de discriminations.
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Clara Goldin est la troisième femme à recevoir le prix Nobel d’économie après Elinor Ostrom, spécialiste de la théorie de l’action collective, en 2009 et Esther Duflot, économiste du développement en 2019. Clara Goldin est née en 1946 aux Etats-Unis et elle est professeure à Harvard.
Son travail porte sur un sujet éminemment féministe puisqu’elle étudie les différences de participation au travail et de revenus entre les hommes et les femmes. Vaste sujet donc nous avons souvent parlé dans Popol. Ses études reposent sur l’Histoire. Pour Clara Goldin, seul le temps long permet d’appréhender les spécificités et les évolutions des différences de revenus entre les hommes et les femmes dans le marché du travail.
En effet, le progrès, la baisse de la fécondité, l’évolution des mœurs sont des phénomènes lents et la perspective historique permet une meilleure appréhension des chiffres et du sujet. Outre qu’il met en lumière le travail d’une femme économiste, fait suffisamment rare pour le noter, ce prix montre également que le travail des femmes est un sujet économique majeur, que les inégalités qu’elles rencontrent dans leur carrière ont des causes et des effets profonds qu’il faut continuer de combattre.
Difficile, ces derniers temps, de ne pas sentir comme une impression si ce n’est de fin du monde, du moins de Berezina carabinée. Entre les catastrophes climatiques, la guerre entre Israël et le Hamas, le PJL immigration, la montée des extrêmes, il est difficile pour les citoyennes et les citoyens de ne pas perdre la tête. Que penser ? Comment expliquer sa pensée sans avoir l’impression d’être toujours à côté de la plaque ? Comment réagir ? Comment agir ? Comment ne pas devenir fou ou folle ? Comment ne pas se brouiller avec tous ses ami·es ? Comment canaliser sa colère ?
En tant que féministes nous sommes aussi interpellées. Ces dernières semaines, les sujets ont été nombreux : les violences subies par les femmes en Israël et dans la bande de Gaza, le sort des migrantes qui vont se voir refuser des soins après la suppression par le Sénat de l’AME etc. Ce n’est plus une surprise dans les périodes de crise, les femmes sont en premières lignes. Les premières touchées, mais aussi souvent, les plus promptes à se mobiliser.
Dans la rubrique Popol vs Patriarcat, nous avons l’habitude de chroniquer les avancées des combats féministes, leurs impasses et leurs contradictions aussi. Ces dernières semaines nous ont placé face à une immense impuissance. Nous avons assisté à un déferlement d’images et d’informations dramatiques, nous avons été sommé·es d’y réagir. Mais comment ?
C’est cette question qui nous est alors venue en tête : que peut le féminisme ? Au-delà des débats sur Instagram et des tribunes que seul·es liront celleux qui sont déjà convaicu·es. Au milieu de ce déferlement de chagrin et d’émotion, il nous apparaît important de mettre l’accent sur le politique. Lorsque nous avons commencé à militer, une des premières choses que nous avons apprise en tant que féministes, c’était que l’intime était politique. Et si on faisait en sorte de valoriser le politique ? Et si on capitalisait sur nos émotions pour les mettre au profit de notre force politique collective ?
Ces dernières années, le féminisme a surtout été un outil de développement personnel à l’endroit des femmes blanches et bourgeoises désireuses de sortir de leur condition de soubrette familiale et matrimoniale. Et c’est tant mieux, si ça peut faire bouger les lignes. Mais alors que nous traversons des moments difficiles, où les enjeux sont énormes, le féminisme est bien plus que ça, c’est un carrefour au milieu duquel on peut se tenir pour lutter contre toutes les formes d’oppression et de domination. Ce sont aussi des siècles de lutte et d’organisation politique dont l’héritage s’est perdu dans des querelles de chapelle mais qui pourrait nous être tant utile aujourd’hui.
Il n’est jamais trop tard pour croire en notre puissance d’agir, pour nous organiser. Chacun·e à son échelle et en fonction de ses capacités.
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L’Islande : merci, mais non merci
[NDA : à l’heure où nous publions cette newsletter, l’Islande vit en état d’urgence après une série de puissants tremblements de terre recensés depuis près d’un mois. La ville de Grindavik, dans le sud-ouest de l'île, a été évacuée car un volcan menace d’entrer en éruption.]
Voici 14 ans que l’Islande est à la tête du classement international du Forum économique mondial en matière d’égalité des genres, notamment en ce qui concerne l’accès à l’éducation et la santé (merci). Outre cette première place, l’Islande est également devenue en 2009 le premier pays à élire une première cheffe de gouvernement ouvertement lesbienne et en 2019, à ouvrir le premier Congrès MeToo. Pour nombre de féministes en Islande, cette image de “paradis de l’égalité” ne leur rend pas service (non merci) car cela occulte par exemple le fait que les femmes sur l’île gagnent 21 % de moins que les hommes et plus de 40 % d’entre elles ont subi des violences sexistes ou sexuelles. Pour nombre de féministes et de cherchereuses en Islande, ce type de classement est en réalité l’antidote à tout le travail qui est mené et doit encore l’être. C’est notamment pour cette raison que le 24 octobre dernier, un mouvement de grève nationale a appelé les femmes et les personnes non binaires à cesser le travail.
“Vous appelez ça l’égalité ?”
“Comme vous le savez, je n’ai pas encore atteint mes objectifs d’égalité des genres et nous en sommes encore à nous attaquer à la question de l’écart salarial entre femmes et hommes, ce qui est inacceptable en 2023”, a déclaré Katrín Jakobsdóttir, la première ministre de l’île en affirmant qu’elle aussi suivrait ce mouvement de grève.
Réuni·es autour du slogan “Vous appelez ça l’égalité ?”, les grévistes avaient un but affiché : paralyser la société pour dénoncer les inégalités salariales et les violences sexuelles et sexistes. Ce mouvement a mobilisé près d’un quart de la population de l’île. Il s’agissait du 7ème appel de cette ampleur depuis 1975, année menant à l’adoption d’une loi garantissant l’égalité salariale en 1976 puis l’élection de Vigdís Finnbogadóttir, première femme présidente de l’île en 1980.
La question de la considération
S’il est encore compliqué et dangereux d’être une femme actuellement, ça l’est encore plus pour les femmes d’origine étrangère, les femmes en situation de handicap ou encore les femmes transgenres. C’est également ce qui fait que leurs contributions sur le marché du travail ou au sein du foyer est très peu considérée par la société. Ce manque de considération a une influence directe sur la sécurité financière, ce qui fait que même en travaillant à plein temps, ces femmes sont toujours précaires.
Pour mieux connaître les causes de cet écart salarial persistant, le gouvernement islandais met l’accent sur la recherche afin de savoir comment les professions traditionnellement “féminines” sont valorisées par rapport à celles traditionnellement considérées comme “masculines”. “Nous regardons comment ces métiers sont perçus dans la société car nous considérons que l’écart salarial vient de là”, a expliqué Katrín Jakobsdóttir selon le média en ligne Iceland Monitor, renvoyant ainsi à l’ouverture des professions vers les femmes, qui contribuent souvent à transformer les représentations et les comportements masculins.
De quoi laisser un peu de temps au Forum économique mondial pour revoir les critères de son classement…
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À voir
Alaska news – Disney +
La nouvelle création de Tom McCarthy est un hommage au journalisme d’investigation. L’oscarisé avec son film Spotlight issue de l’histoire vraie de l’enquête du Boston Globe au sujet de la pédocriminalité dans l’église catholique américaine, nous dévoile une nouvelle pépite, cette fois féministe et écologique. Encore inspirée d’une histoire vraie, Alaska Daily explore le milieu du journalisme à travers une fiction portée par Hilary Swank, elle aussi oscarisée. La série suit ainsi les péripéties d’Eileen Fitzgerald, une célèbre enquêtrice new yorkaise, contrainte d’accepter de rejoindre une petite rédaction régionale d’Anchorage. Elle rentre alors dans une enquête complexe où se mélange indépendance de la presse et corruption politique, expropriation des terres naturelles d’Alaska pour des projets écocidaires et violences sexuelles contre les femmes autochtones sur un fond d’abandon et de racisme. Un hommage également à la PQR comme on dit dans la popol, c’est-à-dire la presse quotidienne régionale. À voir, en espérant fortement une saison 2.
Sambre - la série de France TV
Adaptée du récit journalistique “Sambre” d’Alice Géraud et co-écrite par elle, la série de France TV permet d’introduire de la fiction autour de l’histoire dite du violeur de la Sambre, tue pendant 30 ans. Tout en respectant la douleur des victimes et après deux ans d’écriture, les auteur.ices de la série racontent ce que cette histoire dit de notre société autour de la représenation du viol. Grâce à la fiction, iels expliquent l’intime et tirent cette histoire vers l’universel. La question du viol n’est pas traitée de manière binaire (violeur/victime) mais au travers des évolutions de la société (police/justice/politique, etc.), qui montre comment il est possible qu’un homme ait violé plus de 50 femmes en 30 ans.
À lire (et voir)
Les algues vertes – encore au cinéma et en BD
Pas moins de 3 hommes et 40 animaux ont été retrouvés morts sur les plages bretonnes. Inès Léraud, journaliste, décide de s’installer en Bretagne pour enquêter sur le criminel : le phénomène des algues vertes. Animée par une conscience écologique et humanitaire, elle s’acharne à découvrir la vérité. Au gré de ses rencontres avec des lanceurs d’alerte, des scientifiques, des agriculteurs et des politiques, elle élucide non sans difficultés un demi-siècle de fabrique du silence : des échantillons qui disparaissent dans les laboratoires, des corps enterrés avant d'être autopsiés, des jeux d'influence, des pressions… Inès Léraud n’est pas un personnage de fiction mais une héroïne qui continue de dénoncer la mort organisée de l’océan et des populations malgré des menaces grandissantes à son encontre et des procès à répétition tentant de la faire taire.
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