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Ce que produit le fascisme...

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10 min ⋅ 05/02/2026

Le fascisme : chronique d’une mutation contemporaine

J’avais peut-être 13 ou 14 ans lorsque j’ai entendu parler pour la première de fascisme. Un soir d’été à Parme, je suis assise dans le jardin avec ma grande tante - Zia Mirella - qui me dit qu’à mon âge elle devait régulièrement se rendre dans un gymnase pour chanter des chansons à la gloire du “Duce”. Elle n’en gardait pas un très bon souvenir, elle qui n’a jamais fait preuve de beaucoup de sympathie à l’égard de ce qu’elle appelait “les ennemis de la liberté”. Un peu plus tard, lorsque je commençais à me forger une certaine conscience et culture politique, j’ai voulu lui demander “comment c’était” de vivre sous le fascisme. Elle m’avait alors répondu que “les trains étaient à l’heure, mais que beaucoup de personnes étaient profondément malheureuses”. Comprenant que je mettais le doigt sur quelque chose de douloureux, j’ai préféré ne pas insister. 

A l’époque, je ne pensais pas connaître un jour le fascisme. C’était un peu comme un événement historique que l’on apprenait dans les livres au collège ou au lycée et que l’on avait laissé derrière nous. Le genre de choses qui ne pouvaient pas se reproduire, parce que maintenant “on savait”. Or, plus le temps passe et plus j’ai l’impression que l’on glisse progressivement - mais peut-être aussi durablement - vers le fascisme… Mais alors de quoi parle-t-on ? Comment définir ce terme utilisé, mais rarement expliqué ? Et puis, comment le fascisme a-t-il muté pour plus facilement prospérer dans nos sociétés contemporaines ? C’est ce que j’aimerais explorer dans cet article. 

Pendant longtemps, le fascisme a été pensé comme un régime daté, circonscrit à l’Italie de Mussolini ou à l’Allemagne nazie. Une parenthèse sombre, mais refermée de l’histoire européenne. Or, les historien·nes et politistes le répètent depuis plusieurs années : le fascisme n’est pas seulement un moment historique, c’est une logique politique, capable de se transformer pour survivre. C’est ce que rappelait déjà l’historien italien Emilio Gentile en 2002, spécialiste du fascisme, pour qui celui-ci est avant tout une “religion politique” (un véritable dogme), fondée sur le culte de la nation, du chef, de la force et de l’unité prétendue du “peuple” contre ses “ennemis”. 

En 2004, l’historien Robert O. Paxton a proposé une définition devenue centrale dans le débat contemporain. Dans The Anatomy of Fascism, il décrit le fascisme comme un ensemble de pratiques et de passions politiques plutôt qu’un simple programme idéologique. Paxton souligne par ailleurs que le fascisme ne s’installe jamais par un coup d’État brutal, mais par des mécanismes légaux, des alliances opportunistes et une normalisation progressive. Ça ne vous rappelle rien ?  

Cette idée est essentielle pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui. Le fascisme contemporain ne porte plus nécessairement de chemise noire ni ne réclame ouvertement une dictature. Il se prétend démocratique. Il parle d’ordre, de protection, de bon sens. Il se nourrit de crises (économiques, sociales, écologiques) et transforme la peur en moteur politique (en ça, il se rapproche du fascisme du 20è). On assiste ainsi à l’émergence de formes que certain·es qualifient de “post-fascismes”, des régimes ou des mouvements qui héritent du fascisme historique sans en reprendre tous les symboles, mais qui en conservent les structures idéologiques. 

L’un des marqueurs les plus constants de ces mutations est la désignation d’ennemis intérieurs. Migrant·es, personnes racisées, féministes, personnes LGBTQIA+, journalistes, universitaires : toutes celles et ceux qui incarnent une société plurielle deviennent des menaces pour une identité nationale fantasmée. Cette mécanique est abondamment documentée. La philosophe Hannah Arendt rappelait déjà en 1951 que le totalitarisme commence lorsque certains groupes sont exclus du champ de l’humanité politique (Les Origines du totalitarisme). Aujourd’hui, cette exclusion passe par le langage, par le droit, par les politiques publiques.  

Un autre élément central est le rapport à la vérité. Le fascisme contemporain prospère sur la défiance envers les faits, la science, les médias, et valorise l’émotion, l’intuition, le ressentiment. 

Enfin, le fascisme contemporain entretient un rapport profondément genré au pouvoir. Il promeut un ordre patriarcal, une hiérarchie des corps et des rôles, et s’attaque frontalement aux droits des femmes et des personnes LGBTQIA+. Le recul du droit à l’avortement, la stigmatisation des personnes trans, la criminalisation des féministes… sont autant de signaux d’alerte. Ce n’est pas un hasard si les mouvements féministes et queers sont aujourd’hui en première ligne face aux dérives autoritaires dans le monde. 

Alors non, le fascisme ne revient pas exactement sous la même forme que celui qu’a connu ma grande tante. Mais ce que l’histoire nous apprend, et ce que le présent confirme, c’est que l’ordre imposé au nom de la nation se paie toujours au prix des libertés, des droits et de la dignité humaine. Et que le fascisme, lorsqu’il s’installe, ne le fait jamais en criant son nom.


“Mary la casseuse”, les femmes, le féminisme et le fascisme

Est-il utile de le rappeler, il ne fait pas bon être une femme sous un régime fasciste, de quelque nature qu’il soit. La polarisation des genres étant une des composantes de la société fasciste, les hommes sont forts, virils et bagarreurs, là où les femmes n’ont d’autre rôle que celui de la reproduction et de la maternité. Elles sont donc censées être douces, maternelles, modestes et de vaillantes gardiennes de l’ordre établi. 

Pourtant certaines s’y sont frottées, y ont même joué un rôle important comme Margherita Sarfatti en Italie, aussi appelée la “Muse du Duce” ou encore Leni Riefensthal, la maîtresse d’Hitler qui s’est servi de son art, notamment le cinéma, à des fins de propagandes redoutablement efficaces. 

L’histoire de Mary Rileigh Richardson, dite “Mary la Casseuse”, moins connue, n’en est pas moins assez éloquente. Née en 1889 au Canada, elle s’installe rapidement en Angleterre où elle milite avec les suffragettes pour l’obtention du droit de vote entre les années 1910 et 1920. C’est le vendredi noir de 1910 et la violente répression policière contre les militantes féministes qui la poussent à l’action. Elle est arrêtée neuf fois en deux ans, et fait une grève de la faim. Le 10 mars 1914, elle lacère La Vénus au miroir, le tableau de Velasquez à la National Gallery. On dénombre pas moins de 7 entailles sur la toile. C’est cette radicalité et son “énergie” en manifestation qui lui vaut le surnom de “Mary la Casseuse”. Son CV féministe est plutôt irréprochable, si l’on y ajoute le fait qu’elle se soit présentée par 4 fois aux éléctions législatives sous la banière du parti travailliste en 1922, 1924, 1926, 1931. 

Comment expliquer alors qu’en 1934, elle rejoigne le British Union of Fascistes de Mosley, aux côtés de deux autres militantes “féministes”, Mary Sophia Allen et Norah Elam ?

Cette incohérence politique interroge d’autant plus que May La Casseuse, ne s’est jamais exprimé sur les raisons de ce revirement même si de nombreux chercheuses et chercheurs ont fait le lien entre la radicalité du suffragisme, ses dérives autoritaires et l’émergence du fascisme, notamment en Angleterre dans les années 20. Par ailleurs, il peut arriver de voir des militant·es se radicaliser sur un spectre qui peut aller de la plus extrême des gauches à la plus extrême des droites.    

Dans une précédente newsletters consacrée aux femmes d’extrême-droite nous avions évoqué la façon dont les extrêmes droites usent du féminisme pour rallier des électrices et des militantes à leur cause. Comme c’est le cas pour Marine Le Pen qui prétexte la lutte contre les violence sexuelles et sexistes pour stigmatiser les jeunes hommes immigrés comme des violeurs en puissance. Ou pour Giorgia Meloni qui se campe en femme divorcée, libre et autonome. 

Il ne s’agit pas d’être une femme ou se prétendre féministe pour être immunisée contre la tentation fasciste surtout si l’on considère le féminisme comme une philosophie de vie à destination des femmes ou comme une ressource infinie de stratégie politique. On reproche souvent au féminisme d’être excluant et sectaire, c’est pourtant dans son infinie capacité à relier entre eux des mouvements qui n’ont parfois pas toujours les mêmes intérêts, ni la même histoire, qu’il est le plus fort et le plus efficace. 

Carbofascisme d’Etat

Depuis l’élection de Trump, les Etats-Unis tombent de plus en plus dans les mains d’une politique néo-fasciste. Celle-ci à pris une nouvelle tournure ces derniers mois et infiltre la géopolitique et les attaques contre l’environnement mondial s’accentuent. On peut dès à présent parler de « carbofascime ».

Dans un article de Libération datant de 2018, le mot « carbofascisme » apparaît pour la première fois dans une tribune du chercheur Jean-Baptiste Fressoz. Celui-ci est historien des sciences, des techniques et de l’environnement au CNRS et publie en 2024 « Sans transition. Une nouvelle histoire de l’énergie » (Paris, Le Seuil). Greenpeace, reprend sa définition pour définir le carbofascisme : « il définit les partis et les dirigeant·es mettant en place des politiques autoritaires, usant d’une rhétorique nationaliste, voire raciste, et méprisant les enjeux écologiques au point de mettre en œuvre des politiques ouvertement écocides ». Cette définition fait écho à l’appropriation des enjeux de souveraineté, de contrôle, de pouvoir des ressources naturelles.

Le carbofascime se décline par plusieurs actions : climato scepticisme ou inaction climatique assumée, protection des intérêts fossiles et des intérêts des industries carbonées du pétrole, du gaz et du charbon, répression des mouvements écologistes ou la hiérarchisation des vies à protéger (le « nous » avant « eux »).

Au niveau de la politique internationale américaine, le carbofascime se manifeste par les différentes attaques lancées par Donald Trump, à commencer par l’hallucinante opération militaire opérée au Vénézuela. Loin de la lutte contre le narcotrafic qui justifia l’enlèvement de Maduro, les intérêts américains sont imposés au Venezuela par le contrôle du pétrole. Le pétrole représente 90% des recettes d'exportation de ce pays qui possède les plus importantes réserves de pétrole prouvées au monde. Mais le pétrole situé dans le sous-sol vénézuélien est pour l'essentiel de "l'extra-lourd". Pour l'extraire il faut le chauffer (pour le fluidifier), et donc avoir du gaz, donc créer des gazoducs, et des infrastructures d'évacuation, et tout cela au milieu de la jungle. Cette opération aurait pour résultat un drame environnemental et une augmentation de la déforestation.

Autre opération : le bombardement du Nigéria. Sous couvert de protection des populations chrétiennes contre Boko Haram, il s’agit pour Trump de faire une nouvelle démonstration de la puissance des États-Unis. Ils sont capables de frapper soudainement un des plus grands pays d’Afrique de l’Ouest et surtout le principal producteur de pétrole d’Afrique, et le 11e de la planète. Ce pays possède aussi des ressources souterraines de métaux rares : zinc, graphite, cuivre, lithium, terres rares.

C’est aussi le cas du Groenland abrite dans ses sous-sols un immense trésor, attisant les convoitises colonialistes trumpistes. Mais ces réserves, parmi les plus importantes du monde, restent encore à cartographier avec précision, sachant que leur exploitation s’annonce très compliquée, sur une île recouverte à 80 % de glace et peuplée seulement de 56 000 habitants.

Cette nouvelle géopolitique environnementale et carbofasciste instrumentalise les enjeux environnementaux et menace le climat mondial. L’exploitation des ressources gazières et pétrolières émettra des gaz à effet de serre accélérant le changement climatique et détruisant les écosystèmes.

Le carbofascisme fait aussi son apparition en France. Dernièrement, les sénateurs ont adopté une proposition de loi, portée par le sénateur Georges Patient, visant à autoriser de nouveau l'exploration pétrolière dans les territoires ultramarins. L’année dernière, c’est le groupe parlementaire du Rassemblement National qui déposait un amendement pour réautoriser les forages pétro-gaziers sur le territoire français et servir les ambitions écocidaires des multinationales. 

En plus de ce nouvel ordre climatosceptique et fasciste, on peut y associer la pétro masculinité portant certains discours hostiles face aux femmes, aux migrants, aux indigènes, et à d'autres minorités. La pétromasculinité est un concept développé par Cara Daggett. Elle décrit une construction de l'identité masculine en lien avec l'énergie fossile abondante : véhicules puissants, mobilité motorisée lourde utilisée comme symbole de virilité, attrait pour les grosses machines/véhicules évoquant la puissance et la vitesse...
Comprendre le lien entre pétrole, certaines formes de masculinités toxiques et régimes fascistes est important, car ce lien est identifié comme un des freins culturels et politiques à la transition énergétique et à la protection du climat.

La partie émergée de l’ICEberg

Camille Mackler (https://www.theother54.net/) est avocate spécialisée dans le droit de l’immigration aux Etats-Unis. Depuis plus de vingt ans, cette Française milite pour améliorer les droits humains, à l’intersection des migrations et de la sécurité nationale. En 2017, elle a été l’une des premières avocates présente à l’aéroport JFK (New York) lors de la mise en œuvre du décret anti-immigration de 2017 visant les pays musulmans, où elle a contribué à la création d’une coalition pour gérer l’arrivée des nouveaux immigrants à New-York. Son travail a notamment permis de coordonner l’arrivée des alliés afghans après la prise de pouvoir des talibans. Elle nous livre son point de vue sur la situation actuelle de la gestion de l’immigration aux Etats-Unis. 

Propos recueillis par Clothilde Le Coz  

De quoi la politique de Trump est-elle le nom selon toi ?  

Pour moi, ce que nous vivons aux Etats-Unis aujourd’hui s’apparente à une descente vers une forme dictature que l’on a pu voir dans arriver ces cinquante dernières années en Amérique du Sud ou en Asie. Il existe une volonté de réduire la dissidence au silence, en toute impunité et avec une satisfaction certaine. Aujourd’hui, notre gouvernement est en guerre contre ses propres citoyen·nes et les forces d’immigration sont les plus simples à contrôler pour le Président.

Depuis octobre 2024, au moins 38 personnes sont mortes en détention aux mains de ICE. On parle particulièrement de Renée Good et Alex Pretti car ils étaient blancs, mais n’oublions pas les autres. Parmi elles, au moins 1 a été tuée délibérément – le médecin légiste qui a conclu à un meurtre. Cette politique de répression n’est pas cachée. Le gouvernement déclare ouvertement que les états démocrates sont visés, car ils sont opposés à la politique de Trump.

Peut-on comparer ICE à une sorte de milice qui agit en toute impunité, sous contrôle du gouvernement ?

À l'origine, une loi a été votée en 2002 pour créer le Department of Homeland Security (DHS) après les attentats du 11 septembre 2001. Il s'agit d'une sorte de grand ministère de l'Intérieur dont fait partie ICE comme agence administrative chargée de placer en détention les personnes qui enfreignent les lois sur l'immigration – mais pas les citoyens, bien qu'on ait pu constater le contraire. Relevant du droit administratif, les personnes détenues par ICE n'ont pas accès à un avocat ni à aucune forme de défense.

Depuis quelque temps, cette agence a connu un véritable changement idéologique dans la perception de son mandat, ce qui a poussé plusieurs personnes à la quitter – en plus des licenciements opérés par DOGE. Aujourd'hui, je ne peux plus communiquer avec certaines d'entre elles car nous soupçonnons que nos messages sont surveillés.

Dans les faits, ICE ne rend compte de ses actions à personne. Laisser cette agence agir ainsi relève d'une volonté délibérée du gouvernement. Normalement, lorsqu'il est fait usage de la force, des procédures d'enquête existent – au moins en interne – permettant de prendre des mesures en cas d'abus. Or actuellement, ICE fait ce qu'elle veut en la matière, facilitée par un système institutionnel qui ne prévoit aucune supervision spécifique au Congrès, contrairement au FBI par exemple. Rattaché au département de la Justice, ce dernier dépend d'un comité de supervision au Congrès auquel il doit rendre des comptes si nécessaire. Les événements de Minneapolis montrent même que les actions d'ICE sont encouragées : le gouvernement ment pour leur donner raison.

Cette situation ne sert pourtant pas le Président. De nombreux sondages montrent que l'opinion publique se retourne contre lui : si les citoyen·nes souhaitent de l'ordre, iels ne veulent pas de cruauté. À Minneapolis, un climat de terreur règne désormais : les personnes immigrées – même présentes légalement sur le territoire – ne sortent plus, et les citoyens américains non plus, par peur d'une balle perdue.

Faut-il abolir ICE d’après toi ?

On entend beaucoup cela en ce moment et il transparaît de nombreuses études que les citoyen·nes veulent de l’ordre, mais pas de la cruauté.  Selon moi, il ne sert à rien de le faire si on n’a pas réfléchi à la gestion de l’immigration en tant qu’états et nation. Or, à l’heure actuelle, je vois deux freins principaux à cela.

D’abord, la volonté politique. La question de l’immigration est une question compliquée qui demande un courage politique énorme pour être traitée sérieusement. Personne ne l’a malheureusement dans un contexte où le Président souhaite s’arroger des pleins pouvoirs. A Minneapolis par exemple, les autorités viennent d’annoncer que l’ICE porterait des caméras embarquées à la suite d’une demande des démocrates, mais il s’agit d’une mesure totalement insuffisante. Pour moi, cela illustre simplement le décalage qui existe entre la classe politique et les citoyens aujourd’hui dans le pays. Dans les faits, je ne vois pas quelle différence ce type de caméra embarquée sur les agents d’ICE peut créer. On a déjà plein de vidéos de ce qui se passe.

Ensuite, parallèlement à la question de l’immigration, c’est la question de la détention des êtres humains qu’il faut remettre en question. Aux Etats-Unis, la majorité des centres de détention sont des centres privés. C’est une industrie qui brasse des milliards de dollars. A New-York, ils sont interdits mais dans les états du Sud du pays, c’est très commun. Ces entreprises sont des grands employeurs et leurs employés sont rémunérés au nombre de lits occupés. Plus les personnes sont détenues, mieux ils sont payés. La logique est implacable et c’est devenu un lobby très important, en général rangé du côté des Républicains, qui gère toutes les formes de détention. Les agences d’immigrations sont de grandes clientes de ces entreprises.


À lire 

Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt 

Un classique souvent cité et plus que jamais indispensable. Dans Les Origines du totalitarisme, Hannah Arendt analyse les mécanismes politiques, sociaux et idéologiques qui rendent le totalitarisme possible. Antisémitisme, impérialisme, destruction du politique, effacement des solidarités, fabrication de masses isolées… tout s’imbrique avec une clarté redoutable. Ce livre est un véritable outil pour penser avec lucidité notre présent, surtout à l’heure où les repères démocratiques vacillent. 

Pop fascisme, Pierre Plottu et Maxime Macé, Divergences 

Comment des mots comme “grand remplacement” ou “bataille de civilisation” ont-elles réussi à s’imposer dans le débat public sans même sembler choquer ? Cette enquête plonge dans les rouages d’une extrême droite qui a parfaitement compris les codes d’Internet, de la culture pop et de la viralité. On y découvre un écosystème coordonné (fachosphère, influenceurs, médias complaisants) qui transforme les obsessions racistes en contenus consommables, partageables, presque banalisés. Derrière les vues, une question politique centrale : comment ces récits fabriquent-ils des votes ? Une plongée glaçante et nécessaire dans cette extrême-droitisation des imaginaires, qui infiltre l’époque bien plus profondément qu’on ne veut l’admettre. 

Reconnaître le fascisme, Umberto Eco 

Un texte court, limpide, et d’une actualité troublante. Dans Reconnaître le fascisme, Umberto Eco, qui a grandi dans l’Italie de Mussolini, propose quatorze critères pour identifier les logiques fascistes, y compris lorsqu’elles avancent masquées. Certaines sont immédiatement reconnaissables, d’autres beaucoup plus insidieuses : la peur de la pensée complexe, la sacralisation du “peuple”, la transformation du désaccord en trahison. Eco nous rappelle une chose essentielle : le fascisme ne revient jamais sous les traits attendus. Il se glisse dans le langage, les réflexes, les récits dominants. Un texte bref mais redoutablement efficace, à lire et relire pour garder nos outils critiques affûtés. 

Au nom des femmes : "fémonationalisme", les instrumentalisations racistes du féminisme Sara R. Farris, Syllepse 

Un livre indispensable pour comprendre comment le féminisme peut être détourné contre celles qu’il est censé défendre. Dans Au nom des femmes, Sara R. Farris met des mots sur une mécanique désormais bien installée : le fémonationalisme, cette récupération des droits des femmes par des discours racistes, islamophobes et xénophobes. À partir d’enquêtes menées en France, en Italie et aux Pays-Bas, elle montre comment l’égalité de genre est instrumentalisée pour stigmatiser les hommes musulmans. L’analyse est à la fois politique et économique, révélant comment ces logiques orientent les femmes immigrées vers des secteurs précaires au nom de leur prétendue émancipation. Un ouvrage rigoureux et éclairant, pour ne plus se laisser piéger par les usages opportunistes du féminisme.  

À écouter 

Les fascismes, Thomas Legrand, France Inter 

Aux côtés d’historien·nes de référence (Marie-Anne Matard-Bonucci, François Godicheau, Johann Chapoutot, Christian Ingrao, etc.) Thomas Legrand revient aux racines idéologiques des fascismes italien, nazi et franquiste pour en comprendre les mécanismes, les imaginaires et les héritages encore à l’œuvre. Loin de l’archive figée, la série éclaire ce que ces régimes disent de la modernité politique, des complicités des élites, du rôle des médias et des passions collectives. Une écoute précieuse pour penser notre présent sans anachronisme ni naïveté, et rappeler que l’histoire n’est jamais aussi loin qu’on aimerait le croire. 

Quand vient le fascisme en Europe, Kristel Le Pollotec, LSD - France Culture 

Une série précieuse pour comprendre que les dictatures ne tombent jamais du ciel. À travers cinq trajectoires européennes (de l’Italie de Mussolini à l’Espagne franquiste, du Portugal de Salazar à la Grèce des Colonels) LSD reconstitue les chemins multiples qui mènent à la prise de pouvoir fasciste. Coup d’État, victoire électorale, guerre civile : les formes varient, mais les ressorts se ressemblent. Témoignages, analyses de chercheur·euses et mise en perspective historique permettent d’identifier les signaux faibles, les complicités, les renoncements… 




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