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Municipales 2026 🗳️

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9 min ⋅ 13/03/2026

Plus d’élues, mais pas plus de maires

Elle a 51 ans, elle vit dans une commune de 544 habitant·es en Seine-et-Marne. Depuis douze ans, elle est première adjointe au maire. Sa candidature pour prendre la tête de la liste sortante aux prochaines municipales semblait donc presque naturelle. Jusqu’au moment où l’un de ses colistiers a suggéré qu’il serait peut-être préférable qu’il se présente à sa place. La raison ? Les habitant·es du village préféreraient sûrement voter pour un homme, le niveau zéro de l’argumentaire misogyne.

Après plusieurs semaines de discussions animées, elle a tenu bon. Et tout indique qu’elle deviendra bientôt la maire de cette petite commune.

Son histoire dit beaucoup de la politique locale française, au moment où les règles du jeu viennent de changer. Pour les élections municipales de 2026, la parité sera pour la première fois étendue aux communes de moins de 1 000 habitant·es. Une réforme importante, car ces communes représentent 24 864 collectivités sur les 34 875 que compte la France. Autrement dit, la grande majorité des municipalités.

Jusqu’ici, ces petites communes échappaient à l’obligation de constituer des listes paritaires. Résultat : les femmes y étaient nettement moins nombreuses dans les conseils municipaux. Dans les communes de plus de 1 000 habitant·es, où la parité est imposée depuis longtemps, elles représentent 49 % des conseillères municipales. Dans les communes plus petites, elles n’étaient que 38 %.  

L’extension de la loi devrait donc mécaniquement faire entrer beaucoup plus de femmes dans les conseils municipaux à partir de 2026, mais cela ne signifie pas forcément qu’elles dirigeront davantage de communes.

Car la question du pouvoir se joue ailleurs : au moment de désigner qui mène la liste. Et sur ce point, les chiffres restent têtus. Selon les données compilées par Politis, seulement 24,4 % des listes déposées pour les municipales de 2026 sont menées par une femme, soit à peine un point de plus qu’en 2020. Autrement dit : les femmes seront plus nombreuses dans les équipes municipales, mais les hommes continueront très majoritairement à en prendre la tête. 

Cette situation n’a rien d’anecdotique. En 2022, les femmes représentaient 41,5 % des élu·es locaux·ales, mais seulement 19,8 % des maires. Et plus on monte dans la hiérarchie territoriale, plus leur présence se réduit : à peine 11,8 % des présidences d’intercommunalité sont occupées par des femmes. La parité permet donc d’ouvrir la porte, mais elle ne garantit pas l’accès à la pièce où se prennent les décisions.

Lorsque j’ai écrit mon premier ouvrage sur la place des femmes en politique, j’ai eu l’occasion d’interviewer Édith Cresson, longtemps la seule femme à avoir été Première ministre en France. Je lui avais demandé à quel moment, dans sa carrière, elle avait réellement eu le sentiment d’exercer du pouvoir. Elle m’avait répondu : jamais. Puis elle avait marqué une pause et ajouté : “En fait si. Une fois. Quand j’étais élue locale.” 

Cette phrase m’est restée. Parce que la politique locale est souvent le premier lieu où s’exerce un pouvoir concret. Celui qui décide de l’école du village, de l’accès aux transports, des services publics, de la vie quotidienne. C’est précisément pour cela que la question de la place des femmes dans les municipalités est si importante.

La loi va permettre à davantage de femmes d’entrer dans les conseils municipaux. Mais si elles continuent d’être écartées des têtes de listes, alors l’équation restera la même : plus de femmes élues, mais toujours moins de femmes qui gouvernent.

Et parfois, tout se joue dans un moment très simple. Comme lorsqu’une femme explique à son colistier que non, elle ne lui laissera pas sa place. 


Municipales : où en est‑on de la parité ?

Dans une tribune publiée dans Le Monde le 4 mars 2026, l’historien Nicolas Smaghue s’inquiète de la place des femmes dans la politique locale, notamment à l’approche des municipales. Et il est vrai que les chiffres ne sont pas très encourageants : si les femmes siègent davantage dans les assemblées municipales, elles ne représentent encore que 19,8 % des maires. On est donc loin d’une parité réelle des fonctions. On retrouve dans la politique locale la même dichotomie qu’aux législatives ou aux présidentielles : l’écart — pour ne pas dire le gouffre — entre « l’égalité proclamée » et « l’égalité exercée », qui demeure l’un des principaux écueils de la parité.

Si l’on observe bien une hausse du nombre de femmes élues et une quasi‑parité dans les communes de plus de 1 000 habitants, rares sont celles qui exercent de véritables responsabilités exécutives. On retrouve le même mécanisme dans les compositions gouvernementales, paritaires depuis plusieurs décennies, mais où les femmes restent cantonnées aux secrétariats d’État, tandis que les hommes occupent les postes de pouvoir.

Ces dernières années, les inquiétudes des électeurs et des électrices portent évidemment davantage sur les risques liés à l’extrême droite que sur la question de la parité dans les assemblées. Il n’en reste pas moins que le sujet est fondamental. Une récente enquête Ipsos montre toute la complexité du débat. Si la parité continue d’être perçue comme une contrainte, plus de 57 % des sondés estiment qu’il n’existe aucune différence de compétences entre hommes et femmes. En revanche, lorsqu’on se penche sur les qualités jugées nécessaires pour un maire, les réponses révèlent des biais persistants : pour les hommes, on cite l’honnêteté, la défense des intérêts de la commune, l’écoute et la proximité ; pour les femmes, la défense des intérêts de la commune, la capacité à bien s’entourer, ainsi que l’écoute et la proximité. Autrement dit, de nombreux·ses sondé·es considèrent encore que les hommes seraient spontanément prêts à exercer le pouvoir, là où les femmes auraient besoin d’être davantage soutenues par leur équipe.

Dans le même ordre d’idées, parmi les 90 % de répondants qui estiment les femmes tout à fait compétentes, 39 % pensent également qu’elles « s’intéressent moins » à la politique que les hommes. Et parmi les 80 % qui jugent nécessaire d’œuvrer à une meilleure représentation des femmes, 40 % considèrent malgré tout que le système politique ne les désavantage pas.

Il ne reste guère que les réactionnaires pour affirmer que la parité en politique — et a fortiori en politique locale — ne serait ni nécessaire ni bénéfique. On observe un consensus en faveur de l’égalité. En revanche, ce qui doit nous alerter, c’est la très faible prise en compte des obstacles structurels qui se dressent encore sur le parcours des femmes en politique. La croyance selon laquelle elles seraient moins intéressées que les hommes ou que leurs réticences seraient uniquement liées à des préoccupations individuelles demeure extrêmement tenace.

Les écueils qui entravent une représentation fidèle des femmes (et d’autres minorités, bien sûr) ont pourtant été largement documentés : freins systémiques, violences sexuelles et verbales, rapport inégal au temps, etc. Tout cela est bien connu. Et l’on peut raisonnablement penser que les résistances à les reconnaître, à les analyser et à les combattre ne relèvent pas uniquement de l’ignorance, mais aussi — plus profondément — d’une volonté de ne pas partager le pouvoir.

Du local au global

Les médias parlent depuis plusieurs mois de « backlash écologique », surtout au niveau national. Mais qu’en est-il au niveau local, à l’heure où les élections municipales arrivent ?
Les choix d’orientations politiques et la baisse des budgets pour l’environnement marquent un net recul de la lutte écologique au niveau national : loi Duplomb, programmations pluriannuelles de l'énergie (PPE), suppression des ZFE, arrêt de ma Prime’Renov, etc.  Cela représente un changement de cap d’une certaine volonté environnementale enclenchée avec les accords de Paris en 2015.

Ce recul écologique est accompagné par une présence accrue dans les médias du climato-scepticisme, de désinformations, de pseudo-scientifiques douteux. Alors que le traitement des questions environnementales ne serait que de 6% dans l’ensemble des médias. Le backlash voudrait dire que chaque avancée pour la lutte contre le changement climatique serait suivie d’un retour de bâton réactionnaire.

Pour autant, ce net désaveu écologique ne se retrouve pas chez les Français.es. En effet, le dernier baromètre de l’ADEME indique que 25% des Français font de cet enjeu une priorité, juste après l’inflation et la sécurité. Dans cette même étude, avec un volet dédié aux élu.es locaux, on observe une aggravation du pessimisme quant aux conséquences concrètes du changement climatique dans les territoires, qui conduit la majorité des élu.es interrogé.es à ressentir la nécessité urgente de politiques d’adaptation au changement climatique. Pour mener à bien de telles politiques, la question du financement vient en tête de leurs préoccupations.

Ces préoccupations sont loin de l’image désastreuse que porte le gouvernement ou les médias. Au contraire, c’est vu à l’échelle des collectivités locales comme une opportunité. En effet, les communes ont une action directe possible sur le cadre de vie et donc l’attractivité du territoire. Les maires à venir auront donc un champ d’actions assez large.

Le périmètre de travail est très vaste, par exemple : agir sur la circulation et la pollution de l’air, végétaliser la ville et protéger les espaces naturels, orienter l’urbanisme et les constructions, rénover les bâtiments publics ou encore prendre des décisions locales qui comptent pour le climat.

On peut s’interroger sur le pourquoi d’une telle différence de traitement entre le global et le local si ce n’est l’incapacité des médias de se décentrer des enjeux nationaux, même à l’heure où le traitement des municipales sur l’intégralité du territoire français est essentiel. De même, la déconnexion des politiques professionnel.le.s de représenter correctement les besoins et envies de leurs électeurices.Pour autant, l’urgence climatique ne peut s’accommoder d’une politique au rabais. C’est par le local que l’action globale se passera. 

Et la liberté de la presse dans tout ça ?

La campagne des municipales a officiellement démarré le 2 mars. Depuis, on recense des menaces à l’encontre de journalistes locaux de la part de représentant·es de partis politiques. 

En dix jours, plusieurs incidents ont été recensés : le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy s’en est pris au Courrier Picard avec l’appui du média d’extrême droite Frontières, un adjoint au maire RN a insulté et diffamé nommément un journaliste de la rédaction locale de Var-Matin sur les réseaux sociaux (et dit avoir agi sur ordre de David Rachline). Et on retrouve des cas de menaces envers les journalistes de la presse locale, de Midi Libre à La Voix du Nord en passant par Le Télégramme, le réseau ICI, La Nouvelle République… Ces incidents ne sont pas isolés : ils s'inscrivent dans un contexte où les médias deviennent le bouc-émissaire des colères politiques. C’est ce qui a conduit l'Alliance de la Presse d'Information Générale (APIG) à publier une tribune dénonçant le fait que "les médias doivent faire face au quotidien à la polarisation d'un débat public, alimentée par une parole politique parfois violente et décomplexée". L'APIG souligne également que 65 % des Français estiment que la liberté de la presse est menacée, avant de conclure : "L'inquiétude citoyenne est là. Ce sont les relais politiques qui manquent." (lire la tribune ici).

Les responsables politiques, premiers auteurs des atteintes ?

Si les relais politiques manquent, c'est en partie parce que les élus sont eux-mêmes à l'origine d'une part significative des atteintes à la liberté de la presse en France. Dans son rapport sur l’état de la liberté de la presse, l’Observatoire Français des Atteintes à la Liberté de la presse (OFALP) a analysé le profil des auteurs des atteintes recensées à la liberté de la presse en 2024. Dans 41,8% des cas recensés, l’auteur principal de l’atteinte fait partie du groupe des acteurs publics ou des représentants de l’État. Parmi ces cas, le profil d’auteur le plus représenté est celui des forces de l’ordre, suivis par les parlementaires élus impliquant des députés - tous affiliés à LR, au RN ou liés à l’extrême droite.

Plus largement, la politique constitue la majorité des contextes dans lesquels des atteintes sont commises. Et au sein de l'échiquier politique, l'extrême droite est nettement surreprésentée : dans les deux tiers des cas où un journaliste victime d'une atteinte couvrait une thématique politique, son travail était lié à l'extrême droite. Puis viennent la droite, puis ex æquo le trio : centre, gauche et extrême gauche.

La polémique comme stratégie

Bruno retailleau l’a dit lui-mêmechaque polémique m’a servi. Elles m’ont permis de passer par-dessus la tête du petit monde médiatico-politique pour parler directement aux Français”. Les règles du jeu sont claires: créer les polémiques pour faire diversion. 

L'information cadenassée : une entrave silencieuse 

Aux menaces directes s'ajoute une forme d'entrave moins visible mais tout aussi efficace : le verrouillage de l'accès à l'information. Refus de répondre aux sollicitations, conférences de presse réservées à certains médias, documents officiels rendus inaccessibles, sources intimidées ou muselées… autant de pratiques qui empêchent les journalistes de faire leur travail en amont, avant même qu'iels puissent publier. Cette rétention organisée de l'information prive les citoyen·nes d'une couverture complète et indépendante de la vie publique. Elle constitue une atteinte à la liberté de la presse aussi grave que les pressions exercées après publication.

Liberté d'expression et liberté de la presse : deux notions distinctes

Face à ces dérives, il importe de rappeler une distinction fondamentale. La liberté d'expression garantit à toute personne le droit d'exprimer ses opinions, d'être informée et de diffuser des informations. La liberté de la presse, elle, protège spécifiquement les journalistes dans leur mission : enquêter librement, informer les citoyen·nes sur les sujets de leur choix, diffuser des avis différents, commenter, débattre, critiquer. Les deux notions sont complémentaires ; il ne peut pas y avoir de presse libre sans liberté d'expression. Elles ne sont pas interchangeables.

Or c'est précisément cette distinction qui est aujourd'hui brouillée. Dans un climat où l'on parle de "vérités alternatives", la vérité est traitée comme une opinion parmi d'autres, et les faits réduits à de simples points de vue. C'est dans cet espace que prospèrent les atteintes à la liberté de la presse.

Pourquoi les municipales peuvent faire avancer le RN au Sénat ?

Les élections municipales ne servent pas seulement à choisir les élu·es au niveau local. Elles ont aussi un impact direct… sur la composition du Sénat.

Contrairement aux député·es, les sénateurs et sénatrices ne sont pas élu·es directement par les citoyen·nes. Ils le sont par ce qu’on appelle les “grands électeurs”. Ce collège électoral est composé d’environ 162 000 personnes, dont plus de 95 % sont des élu·es locaux : principalement des conseillers municipaux, mais aussi des conseillers départementaux et régionaux.

Concrètement, cela signifie que les conseils municipaux représentent l’écrasante majorité des votant·es aux sénatoriales. Plus un parti gagne de communes et d’élu·es municipaux, plus il augmente mécaniquement ses chances d’envoyer des sénateurs au Palais du Luxembourg.

C’est pour cela que les élections municipales sont stratégiques pour tous les partis et aussi pour le Rassemblement national. S’il parvient à augmenter fortement son nombre d’élu·es municipaux en 2026, il renforcera son poids dans le collège des grands électeurs et pourra espérer transformer cet ancrage local en sièges au Sénat lors des prochaines élections sénatoriales de septembre 2026.

Aujourd’hui, le RN ne compte que trois sénateurs. Mais si le parti continue de progresser localement, la situation politique nationale pourrait être bouleversée. Car si l’extrême droite parvenait à renforcer sa présence au Sénat comme à l’Assemblée nationale (par exemple en gagnant davantage de sièges à l’Assemblée nationale lors des - très probables - élections législatives de 2027) elle disposerait d’un levier beaucoup plus puissant pour faire adopter ses textes ou peser sur l’agenda politique.

Ainsi, les municipales ne déterminent pas seulement qui gouverne les communes. Elles participent aussi, plus discrètement, à dessiner les rapports de force nationaux. Et c’est précisément pour cela que ces élections locales sont suivies de très près par tous les partis.

À lire 

Le rapport 2024 de l’Ofalp sur les atteintes à la liberté de la presse en France

Le rapport de Reporters sans frontières: l’info locale en première ligne (mars 2026)

À écouter 

Nouveaux médias : les terrains convoités de l’influence politique, France Culture 

A l’approche des élections municipales et plus encore présidentielles, les forces politiques multiplient les adresses aux “nouveaux médias”. Plus qu’à de nouveaux supports, le personnel politique se confronte ainsi à de nouveaux acteurs médiatiques, des néo-éditorialistes aux créateurs de contenu.

À faire 

Contre soirée électorale spéciales municipales 2026, 18 mars, Point Ephémère (Paris 10ème) 

Suite au succès des précédentes éditions, Un livre, une tasse de thé et Popol Media s’associent de nouveau pour vous proposer une contre-soirée électorale dédiée aux élections municipales.

En marge des résultats de l’entre-deux tours - que nous analyserons avec un regard critique et engagé - nous vous invitons à prendre le temps de penser autrement la séquence politique. Au programme : discussions, échanges et prises de parole où la politique et les féminismes seront au cœur des débats. 

Le programme détaillé ainsi que les noms des intervenantes seront annoncés prochainement. Et comme toujours, quelques surprises viendront ponctuer la soirée 🥳 

Inscription recommandée via ce lien.  

Lancement du livre de Léa Chamboncel “À qui profite la lutte ?”, 19 mars, Un livre une tasse de thé (Paris 10ème) 

Comment porter efficacement des luttes politiques et collectives dans un système qui glorifie la réussite individuelle ? Qu’est-ce que la starification des activistes fait à nos luttes ? Quid des réseaux sociaux : sont-ils utiles ou non à nos causes ? 

On vous donne rendez-vous le 19 mars à 19h pour en discuter ensemble ! 




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