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Etat de droite, les femmes et la guerre, produits toxiques et santé des femmes, après Mazan...

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11 min ⋅ 23/04/2026

Un recul de l’Etat de droit au profit d’un Etat de droite ? Non, merci.

Récemment désigné par son parti comme celui qui en représentera les couleurs lors de la course à la présidentielle de 2027, Bruno Retailleau entend s’attaquer à la Constitution pour “lutter contre l’impossibilisme”, comme le rapportait Politico en début de semaine. 

On pourrait se dire que c’est une ambition partagée par de nombreux·ses candidat·es. Après tout, les blocages institutionnels sont régulièrement dénoncés, et la question d’une réforme de la Ve République revient de manière récurrente dans le débat public. Oui, il est légitime de vouloir améliorer nos institutions. Mais face à quelqu’un qui affirmait déjà que « l’État de droit, ça n’est pas intangible », la proposition ressemble moins à une modernisation démocratique qu’à une remise en cause de nos droits fondamentaux. 

Et cette remise en cause n’a rien d’un accident isolé.

Ces dernières années, l’État de droit est devenu une cible politique assumée. Nicolas Sarkozy n’hésitait pas à dénoncer “le gouvernement des juges”, accusant les juridictions de freiner l’action politique. Marine Le Pen, de son côté, propose régulièrement de contourner le contrôle du Conseil constitutionnel, notamment via le référendum, pour imposer des mesures contraires aux droits fondamentaux. À droite comme à l’extrême droite, une même idée progresse : celle selon laquelle le droit serait un obstacle à l’action politique.

Or, c’est précisément l’inverse. Dans sa définition formelle, l’État de droit s’oppose à l’arbitraire. Comme le rappelle Vie publique, il suppose que le pouvoir politique soit soumis à des règles juridiques hiérarchisées, contrôlées par des juridictions indépendantes. La séparation des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) en est la condition essentielle. Autrement dit, l’État de droit n’est pas un frein : c’est ce qui empêche le pouvoir de faire n’importe quoi.

Et pourtant, il recule. Ce recul n’est pas seulement français. Il s’inscrit dans une tendance plus large, européenne et mondiale. Le rapport 2026 du réseau Civil Liberties Union for Europe (Liberties) dresse un constat particulièrement alarmant. Selon ce rapport, “l’État de droit au sein de l’Union européenne continue de s’éroder”. 

Les chiffres sont éloquents et parlent d’eux-mêmes : en 2025, 93 % des recommandations formulées par la Commission européenne aux Etats membres étaient des répétitions des années précédentes, et parmi celles évaluées, 61 ne montrent aucun progrès et 13 sont en régression. Le rapport pointe une « érosion grave et délibérée » dans plusieurs pays (Bulgarie, Croatie, Hongrie, Italie, Slovaquie), mais souligne également que des démocraties historiquement solides comme la France connaissent elles aussi un recul.

En France, les signaux faibles se multiplient et commencent à former un tableau cohérent. Le rapport évoque un affaiblissement des contre-pouvoirs, une dégradation de la liberté de la presse liée notamment à la concentration des médias, une stagnation du système judiciaire, et surtout une augmentation des attaques politiques contre les juges et les institutions de contrôle.

Il souligne aussi un phénomène plus insidieux : le rétrécissement de l’espace civique. Associations, militant·es, journalistes : celles et ceux qui participent au débat démocratique sont de plus en plus exposé·es aux attaques, aux pressions, voire aux tentatives de délégitimation. Loin d’être anecdotique, cette évolution affaiblit directement la capacité de la société à se défendre face aux abus de pouvoir. Et ce recul n’est jamais neutre.

Quand l’État de droit s’affaiblit, ce ne sont pas d’abord les plus puissants qui en subissent les conséquences. Ce sont les plus vulnérables et les personnes les plus socialement dominées. Toutes celles et ceux dont les droits reposent précisément sur l’existence de garanties juridiques solides. 

C’est là que la lecture féministe devient essentielle. Protéger l’État de droit, ce n’est pas défendre un concept abstrait ou technocratique. C’est défendre les conditions concrètes d’égalité. Le droit est imparfait, il est traversé par des biais racistes, classistes, sexistes. Les institutions judiciaires ne sont pas neutres, et les inégalités d’accès à la justice sont bien réelles. Mais sans État de droit, ces injustices ne peuvent même plus être contestées. 

Autrement dit : sans règles, sans juges indépendants, sans contre-pouvoirs, il ne reste que le rapport de force brut. Et dans un rapport de force, on sait très bien qui perd.

Cela ne signifie pas qu’il faille sanctuariser l’existant. L’État de droit doit être amélioré, renforcé, démocratisé. Il doit mieux protéger, mieux inclure, mieux représenter. Mais l’attaquer au nom de “l’efficacité” ou de la “volonté populaire”, c’est ouvrir la porte à l’arbitraire. 

Alors oui, il faut réformer nos institutions. Mais pas au prix de nos libertés. Car derrière les discours sur “l’impossibilisme”, une question se pose, de plus en plus frontalement : assistons-nous à un recul de l’État de droit… au profit d’un État de droite ?


Les femmes et la guerre

Longtemps, la guerre a été pensée, racontée et glorifiée comme une affaire d’hommes. Elle mettait en scène des prouesses physiques, des stratégies militaires et des innovations technologiques dont les femmes étaient largement exclues, tant symboliquement que matériellement. Si elles ne participaient pas directement aux combats, elles n’en ont pourtant jamais été absentes. Les conflits armés ont toujours constitué pour elles un espace de violences spécifiques et massives : viols utilisés comme armes de guerre, rapts, mise en esclavage, veuvage, deuil d’enfants, exil forcé. 

Parallèlement, leur rôle d’adjuvantes a été systématiquement invisibilisé. Qui célèbre aujourd’hui le courage des infirmières de la Première Guerre mondiale, envoyées au front dans des conditions sanitaires effroyables ? Qui se souvient des vivandières, des cantinières, des cuisinières, ou encore des travailleuses du sexe, pourtant omniprésentes dans les armées et indispensables à leur fonctionnement ? Durant la Seconde Guerre mondiale, les femmes ont remplacé les hommes dans les usines d’armement, les champs et les transports, tout en étant renvoyées à l’ombre une fois la paix revenue. Leur participation, essentielle à l’effort de guerre et à la survie des sociétés, a été durablement reléguée au rang d’« évidence silencieuse ».

La guerre ne fait pas qu’exposer les femmes à des violences ponctuelles : elle renforce et radicalise des structures patriarcales déjà existantes. Les conflits s’accompagnent quasi systématiquement d’une augmentation des violences conjugales, d’un appauvrissement accru des femmes, et d’un transfert massif sur leurs épaules des tâches de soin et de protection. Dans les zones de guerre, ce sont elles qui assurent l’éducation des enfants, la recherche de nourriture, le maintien des réseaux de solidarité. Le temps de guerre est pour les femmes un temps de surcharge, de précarité et d’isolement, souvent doublé d’une assignation morale au sacrifice.

Les conflits récents ont brutalement rappelé cette réalité. Le massacre du 7 octobre, suivi du génocide dans la bande de Gaza, a mis en lumière la surreprésentation des femmes et des enfants parmi les victimes civiles. Certaines jeunes réservistes israéliennes avaient pourtant alerté, en amont, sur des failles sécuritaires majeures : leurs avertissements ont été ignorés, relégués au second plan dans un appareil militaire dominé par des hiérarchies masculines. De son côté, la guerre en Iran et, plus particulièrement, la révolte de janvier 2026 ont révélé le rôle central des militantes féministes iraniennes, déjà à l’avant‑garde des mobilisations depuis le mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Là encore, les femmes se sont trouvées exposées à une répression spécifique, tout en étant des actrices majeures de la contestation politique.

Pourtant, dans l’espace médiatique, la parole reste massivement masculine. Sur les plateaux de télévision, ce sont surtout des hommes qui analysent les conflits, vantent les performances technologiques des armements ou tentent de décrypter les stratégies de Donald Trump, de Benyamin Netanyahou ou des mollahs iraniens. On scrute les réactions des chefs d’État européens, on commente leurs prises de position diplomatiques. Des hommes, encore et toujours des hommes. Les femmes, quand elles apparaissent, sont le plus souvent cantonnées au rôle de témoins, de victimes ou de figures émotionnelles, rarement reconnues comme expertes ou décideuses.

Or, les femmes ne sont pas seulement des victimes collatérales de la violence masculine. Partout dans le monde, elles jouent un rôle central dans les initiatives de résistance civile et de pacification. Au Liberia, au début des années 2000, ce sont des femmes, chrétiennes et musulmanes, qui ont contraint les belligérants à négocier la fin de la guerre civile. En Ukraine, de nombreuses femmes ont pris part à l’effort de défense, au renseignement ou à l’aide humanitaire, tout en maintenant le fonctionnement de la société. Pendant que les hommes combattent ou meurent, ce sont elles qui assurent la continuité économique et sociale, organisent la survie quotidienne, maintiennent le lien communautaire.

Lorsque les conflits prennent fin, ce sont encore largement elles qui participent à la reconstruction et à la guérison collective : accompagnement des victimes, réinsertion des enfants soldats, travail de mémoire, rétablissement du tissu social. Pourtant, cette expertise acquise dans l’adversité est rarement prise en compte dans les processus de paix.

Adoptée en 2000, la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies visait précisément à corriger ce paradoxe. Elle impose aux États membres de garantir une meilleure représentation des femmes à tous les niveaux des négociations de paix et des institutions de sécurité. Son ambition était claire : mettre fin à une situation dans laquelle les femmes sont à la fois les premières victimes des conflits et des actrices majeures de la résilience collective, tout en restant massivement exclues des espaces de décision. Vingt-cinq ans plus tard, cette résolution reste encore trop souvent lettre morte.

La question des différences de genre en temps de guerre ne saurait donc se réduire à une opposition simpliste entre bourreaux et victimes. Elle interroge la répartition du pouvoir, la hiérarchie des vies jugées dignes d’être protégées et la légitimité accordée à certaines voix plutôt qu’à d’autres. Elle révèle aussi à quel point la guerre fonctionne comme un révélateur brutal des inégalités structurelles. À ce titre, elle souligne, avec une acuité renouvelée, l’importance du combat féministe et de sa politisation — non comme un luxe idéologique, mais comme une nécessité vitale dans les temps troublés que nous traversons.

Après Mazan, le viol s'organise toujours en ligne

Faut-il une enquête américaine pour que le monde s’empare de ce que l’on appelle une « académie mondiale du viol » ?

Le 26 mars, CNN publiait une enquête glaçante : "Exposing a global 'online rape academy'". Pendant plusieurs mois, trois journalistes ont infiltré des sites pornographiques et des canaux de discussion pour documenter le sleep porn : des vidéos de femmes droguées ou endormies, filmées pendant qu'elles sont violées. Sur le seul site Motherless.com, plus de 20 000 vidéos de ce type circulent librement, certaines taguées #eyecheck (soulever les paupières de la victime pour prouver son inconscience), totalisant des centaines de milliers de vues.

Lire l’enquête de CNN : Exposing a global ‘rape academy’, 26 mars 2026

Un chiffre a enflammé les réseaux : 62 millions. Il mérite d'être lu avec précision. Il correspond au total des visites enregistrées sur l'ensemble de Motherless.com en février 2026, un site généraliste aux 100 catégories de contenus. Le groupe Telegram dédié au sleep porn, baptisé "Zzz" et depuis fermé, comptait environ 1 000 membres, échangeant des conseils pour droguer leurs compagnes, organisant des viols collectifs, partageant les preuves filmées de leurs crimes. Cette précision n'atténue en rien la gravité du phénomène.

L'enquête de CNN n'est cependant pas née de rien. En décembre 2024, les journalistes allemandes Isabell Beer et Isabel Ströh avaient déjà documenté l'existence de ces communautés. Elles ont été récompensées pour leur travail d’enquête.

Documentaire d’Isabell Beer & Isabel Ströh : https://www.youtube.com/watch?v=GLrzyOLJUtk

Ces enquêtes commencent là où le procès Mazan avait laissé le monde sonné. C'est dans un chatroom nommé "Sans qu'elle le sache" que Dominique Pélicot avait organisé les viols répétés de son épouse, droguée à son insu, violée plus de 200 fois par 70 hommes. Le site Coco a été fermé. L'attention publique est passée à autre chose. Ces comportements, eux, n’ont pas disparu.

A-t-on tiré les leçons du procès Mazan ? La réponse de la psychologue Annabelle Montagne, qui a évalué la moitié des hommes condamnés dans cette affaire, est éclairante. Ces espaces en ligne, explique-t-elle, ne sont pas de simples bibliothèques de contenus : ils fabriquent une "notion de fraternité", un sentiment d'appartenance qui renforce les passages à l'acte. Les participants y "créent des liens" répondant à des besoins "narcissiques". Dans ces réseaux, le viol est à la fois un crime et un rituel de cohésion sociale. Depuis, la plateforme de tchat anonyme Coco a resurgi sous une nouvelle adresse URL.

Face à une fraternité organisée, les mots s’effacent encore. L’autrice Mathilde Levesque le relève rapidement lors du procès dit « de Mazan », qui oppose Gisèle Pelicot à ses agresseurs. Alors que le nombre et les preuves sont présents et irréfutables lors du procès, une résistance fondamentale à prononcer le mot « viol » se fait très forte. Les avocats de la défense, les proches des accusés, parfois les magistrats, parlent de « scènes de sexe », de « viol à contrecœur », de « viol par contrainte », de « viol involontaire ». Pour le mettre à distance, systématiquement. « En ne nommant pas le viol […] c’est la réalité plus encore que le mot que l’on nie », écrit-elle dans Procès Mazan. Une résistance à dire le viol (Payot, 2025). « La langue définit la société que l’on choisit ».

Dont acte.

Selon le Global Misogyny News Coverage Tracker, sur plus d'un milliard d'articles analysés entre 2017 et 2025, seuls 1,3 % mentionnent des termes liés aux violences sexistes et sexuelles. Les algorithmes font le reste : le mot "viol" est censuré sur les plateformes sociales, jugé inapproprié là où les vidéos qui en sont la preuve circulent librement. Le silence institutionnel, lui, reste assourdissant. 

Dont acte.

Ne pas faire partie du problème n'est pas faire partie de la solution. Mettre des mots sur ce qui se passe n'a jamais été aussi nécessaire, ni aussi difficile. Nommer n’est pas militer, c’est informer. 

Sources : CNN As Equals, 26 mars 2026 ; NDR/Funk Strg_F, décembre 2024 ; Global Misogyny News Coverage Tracker (AKAS London). ; Ouest-France

Produits toxiques et santé des femmes : comment les reculs législatifs aggravent les risques de cancers et de maladies

Perturbateurs endocriniens, pesticides, cosmétiques dangereux… Alors que les lois se relâchent, les femmes paient le prix fort d’une exposition accrue aux substances chimiques.

En 2026, les cancers du sein, de l’utérus, de l’ovaire et les maladies thyroïdiennes continuent de progresser chez les femmes, avec des taux alarmants dans les pays industrialisés. Pourtant, alors que la science établit de plus en plus clairement le lien entre ces pathologies et l’exposition aux produits toxiques (pesticides, perturbateurs endocriniens, plastiques, cosmétiques), les lois censées protéger la population reculent sous la pression des lobbies industriels. En Europe comme aux États-Unis, les normes se relâchent, les interdictions sont repoussées, et les femmes – premières victimes de ces substances en raison de leur biologie et de leur exposition spécifique – en subissent les conséquences. Comment en est-on arrivé là ? Qui sont les responsables ?

Les femmes sont biologiquement plus vulnérables aux perturbateurs endocriniens (PE) et aux substances cancérigènes en raison de leur système hormonal, des périodes clés d’expositions (grossesses, allaitement, ménopause…) et d’un usage plus intensif de produits cosmétiques et d’hygiène. Les œstrogènes, progestérone et autres hormones féminines interagissent avec les PE, favorisant le développement de cancers hormono-dépendants (sein, utérus, ovaire).

Shampoings, crèmes, maquillages, produits menstruels… Beaucoup contiennent des parabènes, phtalates, ou triclosan, liés à des risques accrus de cancers et de troubles de la fertilité. Exemple frappant : Une étude publiée en 2025 dans « Environmental Health Perspectives » a montré que les femmes utilisant régulièrement des produits capillaires (lissages, colorations) avaient un risque accru de 30 % de développer un cancer de l’utérus, en raison de la présence de formaldéhyde et d’autres composés volatils.

Malgré ce constat, le mois dernier, le projet d’assouplissement de la régulation des produits chimiques dit « Omnibus VI », examiné en commission environnement du Parlement européen, doit notamment permettre aux industriels de la cosmétique d’allonger les délais de suppression, voire de maintenir dans leurs produits des substances dangereuses – cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (dites CMR). Malgré un assouplissement du texte voté par les parlementaires, cela veut quand même dire que des produits cosmétiques toxiques resteront en rayons pour les 10 prochaines années.

Une régression sanitaire organisée

Ce dernier recul législatif n’est qu’un exemple parmi d’autres. Depuis 2020, plusieurs pays ont affaibli leurs réglementations sur les produits toxiques, sous prétexte de simplification administrative ou de soutien à l’industrie. Le règlement REACH (Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemicals), censé encadrer les substances chimiques, a été édulcoré sous la pression des lobbies. En 2024, la Commission européenne a repoussé l’interdiction de 12 perturbateurs endocriniens avérés, dont le bisphénol A (BPA) et certains phtalates, malgré leur lien prouvé avec les cancers du sein et l’infertilité. La France, pourtant pionnière avec le plan Ecophyto, a autorisé à nouveau des néonicotinoïdes (interdits en 2018) et assoupli les règles sur l’épandage près des habitations. Résultat : les femmes enceintes et les enfants en zone agricole sont exposés à des taux de pesticides 40 % plus élevés qu’en 2020 (rapport Générations Futures, 2025). Toujours en France, le RN et LR ont bloqué en 2025 un projet de loi visant à interdire les perturbateurs endocriniens dans les jouets et les cosmétiques, sous prétexte de ne pas étouffer les PME. Aux États-Unis, 1 femme sur 8 développera un cancer du sein au cours de sa vie (contre 1 sur 11 en 1975).

La montée des discours climato-sceptiques et anti-régulation sont des dangers issus des gouvernements de droite et d’extrême droite, pour les droits des femmes, mais aussi pour leur santé. Autre signe alarmant : le démantèlement des agences environnementales au nom de la liberté économique.

Sexisme dans la recherche et la réglementation

Imaginez un monde où la moitié de l’humanité serait étudiée comme une simple variable secondaire, où ses maladies seraient considérées comme moins urgentes, et où les produits qu’elle utilise au quotidien échapperaient aux contrôles les plus élémentaires. Ce monde, c’est le nôtre. Depuis des décennies, la recherche toxicologique et la réglementation sanitaire sont gangrenées par un sexisme structurel, qui expose les femmes à des risques évitables et souvent mortels.

Dans les laboratoires, une règle implicite persiste : les études sur les effets des substances chimiques sont menées en priorité sur des mâles (et par des hommes). Rats, souris, ou même humains, les protocoles scientifiques privilégient systématiquement le corps masculin, sous prétexte de "simplifier" les résultats (les cycles hormonaux féminins étant jugés "trop variables"). Résultat ? Les risques spécifiques aux femmes – cancers hormono-dépendants, troubles de la fertilité, ou maladies auto-immunes – sont sous-évalués, voire ignorés. Pire, lorsque les femmes sont enfin incluses dans les recherches, les résultats sont souvent extrapolés à partir des données masculines, comme si un corps de 60 kg réagissait de la même manière qu’un corps de 80 kg. Une aberration qui fausse les seuils de dangerosité.

Enfin, les produits dits "féminins" sont moins contrôlés : Tampons, serviettes hygiéniques, produits de beauté… Ces articles, souvent classés comme "non essentiels", échappent à des contrôles stricts. Pourtant, une étude de 2025 a détecté des phtalates et des hydrocarbures aromatiques dans 60 % des tampons testés.

Le corps des femmes sacrifiés par les lobbies et les gouvernements

Le lien entre produits toxiques et cancers féminins n’est plus à prouver. Pourtant, les reculs législatifs, portés par des gouvernements complaisants envers les lobbies, condamnent des millions de femmes à une exposition évitable. Ce scandale sanitaire est aussi une question féministe parce que les femmes sont les premières touchées, parce que leur santé est moins prise au sérieux, et parce que leur corps devient un champ de bataille économique. Protéger l’environnement, c’est protéger les femmes.

À lire  

Procès Mazan. Une résistance à dire le viol (Mathilde Levesque, Payot, 2025) 

Contournement des faits, minimisation de leur gravité, création de vérités alternatives : les propos tenus au procès des viols de Mazan ont pu ressembler à un exercice d'esquive. Un enjeu majeur des audiences aura été, pendant trois mois, de retrouver le contact avec le réel. En analysant les discours des différentes parties, Mathilde Levesque met en lumière notre difficulté collective à nommer et donc reconnaître les violences sexistes et sexuelles.

Les Audacieuses. De Marguerite Durand à Colette, ces femmes qui ont révolutionné la presse française.  Lucie Barette (autrice) & Élise Kasztelan (illustratrice). Préface de Nora Hamadi (Éditions Leduc, 2026)

Marguerite Durand, Séverine, Paulette Nardal, Andrée Viollis, Simone Téry… autant de noms oubliés par l'histoire, pourtant pionnières du journalisme. À une époque où les salles de rédaction étaient exclusivement masculines, ces femmes ont su s'y imposer, souvent par la ruse (pseudonymes masculins, chroniques mode) avant de signer en première page. De la rubrique locale aux reportages de guerre, elles ont conquis l'espace public avec malice et opiniâtreté. Ouvrant la voie à Françoise Giroud ou Florence Aubenas, elles ont mené un combat de longue haleine pour le droit d'écrire sur le monde. Ces portraits, accompagnés d'articles de leur main, saluent l'audace de ces femmes trop longtemps ignorées.

CNN. Exposing a global ‘rape academy’ (26 mars 2026)

Enquête publiée fin mars dans laquelle la journaliste Saskya Vandoorne se fait passer pour un homme afin d’infiltrer un groupe privé sur Telegram baptisé «Zzz», qui comptait près d’un millier de membres et fonctionnait, ici encore, comme un forum d’entraide entre agresseurs.

Rendre soin, Julie Lombe, éditions Blast 

Chaque soir, Julie Lombe dépose le poids des récits et des corps venus s'allonger dans son cabinet de soins. De descriptions cliniques en traits d'humour, de la recherche de sens au cynisme le plus profond, d'odes aux corps nus à la brutalité de l'actualité, ce recueil poétique est aussi le miroir de la fatigue compassionnelle à laquelle elle fait face. “Rendre soin, comme on rend justice” : fragment après fragment, les fils narratifs du care affectif et du care de services, marqués par le genre et la race et qui s'ancrent dans le corps de la thérapeute, s'entrecroisent pour former un recueil où tissu épithélial et tissu social ne font qu'un. 

À écouter 

Popol Talk avec Rokhaya Diallo 

Dans ce nouvel épisode de Popol Talks, Léa Chamboncel a eu le plaisir de recevoir Rokhaya Diallo pour un enregistrement public exceptionnel. Militante féministe et antiraciste, journaliste, réalisatrice, autrice du Dictionnaire amoureux du féminisme, Rokhaya Diallo est venue partager ses réflexions et ses combats. Elles ont parlé ensemble d’engagement, de féminisme, de luttes antiracistes, de prise de parole et de politique (bien évidemment). Un échange dense, incarné, sans détour.

NB : épisode enregistré en public lors d’un événement en public au Point Ephémère à Paris le 27 mai 2025 et à réécouter ici

Violences sexistes : l’effacement silencieux des femmes dans les médias (L’édito médias de Marion Mariani du 21 avril 2026 sur France Inter) 

Une étude du Centre pour le journalisme et la démocratie de l’université de Londres révèle que le nombre d’articles contenant des termes liés aux violences sexistes et sexuelles n’a jamais été aussi bas. Un chiffre l’illustre : ces articles représentent seulement 1,3 % de l’ensemble des actualités mondiales en 2025. Pour arriver à ce résultat, 1,14 milliard d’articles publiés en ligne ont été analysés entre 2017 et 2025. L’exemple le plus parlant est celui de la couverture médiatique autour de l’affaire Epstein. Sur près d’un million d’articles qui lui ont été consacrés, l’expression « violences faites aux femmes » n’apparaissait que dans 0,1 % des cas. En revanche, 26 % font référence au « pouvoir », à « l’argent », aux « élites » ou à la « corruption ». A réécouter ici




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