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Jeunesses mobilisées, loi intégrale, violences policières... C'est la rentrée Popolitique !

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7 min ⋅ 16/10/2026

Jeunesses mobilisées : derrière le procès en instrumentalisation, un enjeu démocratique

À chaque mobilisation de jeunes, ou presque, la même rengaine revient. Les lycéen·nes seraient manipulé·es, les étudiant·es instrumentalisé·es, les militant·es trop jeunes pour comprendre les enjeux qui les dépassent et qui soi-disant ne les concernent pas, etc. Derrière leurs revendications, il faudrait nécessairement chercher la main d'un parti ou d’un responsable politique. Comme si la jeunesse ne pouvait pas avoir de convictions propres, comme si sa parole devait d'abord être validée par les adultes pour devenir politique. 

Or, il faudrait peut-être commencer par se demander pourquoi ces jeunesses se mobilisent. Crise climatique, précarité, difficultés d'accès au logement, discriminations, incertitudes professionnelles… Elles héritent de problèmes qu'elles n'ont pas créés, mais dont elles devront assumer les conséquences. Leur politisation n'a donc rien d'étonnant. Elle est aussi une manière de reprendre prise sur un avenir qui semble leur échapper.

Et les chiffres racontent une jeunesse loin d'être indifférente. Selon le baromètre jeunesse 2025 de l'INJEP, 40 % des 15-30 ans ont signé une pétition ou pris position en ligne et 22 % ont participé à une manifestation ou une grève. Pourtant, seulement 51 % estiment que leur avis compte. Un paradoxe démocratique : les jeunes veulent participer, mais ne se sentent pas toujours écouté·es.

Pire, leur engagement se heurte à la répression. Le 10 octobre 2026, le Défenseur des droits annonçait avoir reçu 28 saisines individuelles concernant les interventions policières lors des mobilisations lycéennes et s'être autosaisi du cas d'un adolescent de 14 ans blessé au visage. Alors une question se pose : qui a envie de voter après s'être pris un coup de matraque dans la gueule ? Comment espérer restaurer la confiance lorsque les premières expériences de mobilisation peuvent être marquées par la violence ? Sans conduire nécessairement au désengagement, ces expériences risquent de nourrir une défiance durable envers les institutions et tout un système politique. 

Au fond, c'est notre rapport collectif à la jeunesse qu'il faut interroger. Nous parlons volontiers des jeunes comme de “l'avenir”, mais beaucoup moins comme de personnes qui appartiennent pleinement au présent. Nous leur demandons d'être responsables, tout en leur refusant la légitimité de participer aux décisions qui les concernent. Une forme d'adultisme qui contribue à les maintenir à distance du pouvoir. 

Et derrière cette contradiction, c'est peut-être le contrat intergénérationnel lui-même qui se fissure. La promesse selon laquelle chaque génération pourrait vivre mieux que la précédente paraît de moins en moins crédible. Or, à l'heure où les défis sociaux, écologiques et démocratiques exigent davantage de solidarité, opposer les générations, disqualifier les revendications des jeunes ou les présenter comme des menaces risque surtout d'approfondir les fractures. Diviser plutôt que construire collectivement. 

Pour ma part, je trouve profondément encourageant de voir ces jeunesses refuser l'indifférence, s'organiser, manifester et inventer de nouvelles manières de faire entendre leur voix notamment parce que leur engagement témoigne d'une volonté de participer à la vie collective plutôt que de la subir.

Une démocratie ne se mesure pas seulement à ce qu'elle promet à sa jeunesse, mais à la place qu'elle lui laisse pour transformer le présent. 



La loi intégrale : retour sur un combat

Dans le dernier Popol vs Patriarcat, nous avions évoqué le paradoxe d’une société qui survalorise la famille et les enfants mais qui peine à les protéger quand elle ne les criminalise pas. Et il faut bien reconnaître que cette rentrée des classes 2026 y fait étonnamment écho, à l’heure où la jeunesse essaie de se faire entendre et n’obtient pour toute réponse que la répression accompagnée d’un discours méprisant et infantilisant.

Dans cet article nous parlions aussi de l’affaire Lyhanna, le viol et le meurtre d’une petite fille de onze ans en mai 2026 qui avait remis sur le devant de la scène ce que nombre de travailleurs sociaux et de victimes savaient déjà : les grandes défaillances de notre système à protéger les victimes de violence, et particulièrement les enfants.

L’émotion suscitée par cette affaire a donné lieu à une mobilisation sans précédent et avait relancé un travail transpartisan initié en janvier 2025 par la député socialiste Céline Thiébault-Martinez sur la base de 140 propositions formulées fin 2024 par un collectif d’organisation féministe de défense des enfants et la Fondation des femmes. Ce projet de « loi-cadre intégrale contre les violences sexuelles » s’inspirait de l’exemple espagnol et de la loi globale votée en 2004 et s’appuyait aussi sur les recommandations de la Ciivise. 

L’idée de cette loi était d’apporter une réponse coordonnée afin de venir en aide aux victimes qui peinent à naviguer entre les différents interlocuteurs : police, justice, médecin, services sociaux etc. et d’apporter une réponse solide et globale aux violences sexuelles plutôt que de continuer à ne changer les lois que par à-coup, sans coordination, à chaque nouvelle affaire.

Parmi les mesures proposées : 

  • la création d'unités de police et de justice spécialisées ;

  • un « socle minimal d'enquête » pour éviter le classement trop rapide de plaintes ;

  • la spécialisation de tribunaux pour les violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales ;

  • un meilleur repérage des violences faites aux enfants ;

  • un parcours de soins renforcé pour les victimes ; 

  • un durcissement de la lutte contre certaines cyberviolences. 

Le texte cosigné par 110 député·es est déposé à l’Assemblée en novembre 2025, mais n’est pas débattu. C’est l’affaire Lyhanna qui le remet sur le devant de la scène et un nouveau texte est déposé le 11 août 2026, co-signé par 246 députés.

Il est adopté à l’unanimité ce mardi 13 octobre. Dans un communiqué la Fondation des femmes salue, par exemple, une belle victoire, voire « un exploit » et souligne des avancées majeures tant sur le plan judiciaire (la victimisation secondaire entre dans la loi, juges et juridictions spécialisées, création d’une autorité de lutte contre les violences sexuelles et intrafamiliales etc.) que dans la prise en charge des victimes (centres départementaux, soins sans avance et sans frais, entretien individuel pour tous les élèves de la maternelle à la majorité).

Qu’une telle loi provoque une aussi intense mobilisation politique, c’est une bonne nouvelle, mais cela ne doit pas occulter les angles morts et les divisions profondes qu’elle suscite, légitimement, au sein des associations féministes.

Parmi les points de discorde figurent notamment :

La protection des femmes étrangères sans papiers

L’Assemblée a en effet refusé l’interdiction de prononcer une OQTF contre les femmes en situations irrégulière qui viendraient déposer plainte. Ce refus précarise et met en danger des femmes déjà particulièrement vulnérables. Pour Sandrine Rousseau « une loi qui empêche une seule victime d'obtenir justice à cause de son statut n'est ni intégrale ni féministe ». C’est aussi ce point là qui a poussé les député·es LFI à s’abstenir.

Le rapport à l'État, à la police et à la justice pénaliste 

Le projet porté par Céline Thiébault-Martinez s’appuie presque exclusivement sur l'appareil d'État et repose sur un durcissement de l’arsenal pénal. Pour nombre de juristes cette solution est pourtant inefficace. Les défaillances du système ne reposent pas sur un laxisme des juges ou des trous dans la raquette législative mais sur des manques de moyens. Selon eux, des lois existent déjà et il conviendrait seulement d’avoir les moyens de les appliquer. Une position en partie partagée par les féministes « anti-carcéral », comme l’essayiste et militante Elsa Deck Marsault (cofondatrice du collectif Fracas). Elle réprouve en effet une trop grande « confiance en l’État ». Et de fait comment des institutions marquées par la violence et le patriarcat pourraient soudainement se poser en « sauveur » des femmes. Et il est évidemment dommage que cette obsession pénaliste prenne le pas sur l’éducation, la prévention et l’accompagnement des victimes. Le but d’une société qui avance n’est-il pas celui de l’autonomie plutôt que de la répression ?  Cette vision peut paraître idéaliste et c’est aussi un argument des militantes pro-loi, mais il est nécessaire de la penser.

La réforme vs la révolution

Les associations féministes s’opposent aussi sur ce qu’on pourrait appeler la méthode. La Fondation des femmes et Osez le féminisme soutiennent une position selon le bon vieux principe que « Rome ne s’est pas faite en un jour » et qu’il vaut mieux y aller doucement mais y aller que de renoncer à la loi. C’est leur position sur la question des femmes étrangères par exemple : mieux vaut voter la loi quand même et lutter ensuite pour que ce point-là soit précisément amendé. C’est un pari que l’on peut qualifier de risqué alors que l’extrême-droite ne cesse de monter dans les sondages, à huit mois de la présidentielle.

Pour Nous toutes et d’autres associations, c’est au contraire un piège dans lequel il ne faut pas tomber et soutenir une loi aussi imparfaite reviendrait à valider la politique macroniste. C’est tout ou rien. 

Elles alertent, à juste titre, contre le danger de voter la loi sans aucune assurance budgétaire dans une grande période d’austérité. Ce serait le pire des scénarios que de donner l’impression que le travail a été fait et bien fait, que le problème est réglé alors qu’il n’y a aucun moyen mis en place et ça nous rappelle, notamment, l’inscription de l’IVG dans la Constitution… 

Mobilisations lycéennes : qu’en dit la communauté internationale ?

Il n’y a pas de position commune concernant les manifestations qui se déroulent en France, ni de réaction de la part d’autres gouvernements. Le Haut-Commissariat aux droits humains a toutefois déclaré suivre “avec inquiétude” les incidents liés aux manifestations et aux blocages de lycées. Sa porte-parole adjointe, Shabia Montoo, a appelé à des manifestations pacifiques et à ce qu’il n’y ait pas d’usage disproportionné de la force par la police. 

C’est quoi l’usage disproportionné de la force ? 

Du point de vue de l’éthique et du droit, la proportionnalité c’est la recherche d’une mesure que l’on veut juste. En droit de la guerre, cela pourrait être par exemple de maximiser la sécurité en évitant de blesser ou de tuer les civil·es car on considérerait qu’iels sont innocent·es. Il existe des bonnes pratiques en la matière. 

Vraisemblablement, les proportions doivent être revues. Le 7 octobre, Laurent Nunez (ministre de l’Intérieur) a annoncé suspendre l’utilisation de grenades assourdissantes, qui seraient notamment à l’origine de la mutilation d’un adolescent de 15 ans à Lens. Ce ne sont pas les seules armes mutilantes ; Amnesty International appelle notamment à la suspension de l’utilisation des LBD (Lanceurs de balles de défense) lors des opérations de maintien de l’ordre dans les manifestations. Selon le décompte de David Dufresnes, 353 personnes ont été blessées à la tête par des tirs de LBD lors des manifestations des gilets jaunes (Allo Place Beauvau ? C’est pour un bilan). 

Depuis le début du mouvement lycéen, l’IGPN a ouvert 36 enquêtes. D’après le ministère de la Justice, 6,877 personnes ont été arrêtées ; près de 9 sur 10 d’entre elles sont mineures. 

Ce mouvement de répression s’inscrit dans un contexte déjà alarmant. La Fédération internationale des droits humains considérait déjà l’année dernière que “les libertés publiques connaissent une régression profonde et structurelle en France”.

Plus d’infos

À lire  

Sois jeune et tais-toi, Salomé Saqué, Editions Payot 

On reproche souvent aux jeunes leur désengagement, leur individualisme ou leur manque de volonté. Mais quelle place leur laisse-t-on réellement dans notre société ? Dans Sois jeune et tais-toi, la journaliste Salomé Saqué démonte les clichés qui collent à la peau d’une génération confrontée à la précarité, à la crise climatique et à des perspectives d’avenir de plus en plus incertaines. À travers des témoignages, des enquêtes et des chiffres, elle raconte une jeunesse bien plus engagée qu’on ne veut le croire, mais dont la parole reste largement ignorée, voire méprisée. Un livre nécessaire pour renverser le regard et rappeler que le problème n’est peut-être pas tant une jeunesse qui refuse de s'engager qu’une société qui refuse de l’écouter. 

À écouter 

Les enfants du millénaire, LSD, France Culture 

Une plongée dans le quotidien de la génération Z, loin des caricatures qui la présentent comme paresseuse, individualiste ou incapable de s'engager. Entre rapport au travail, incertitudes et aspirations, la série donne surtout la parole aux premier·es concerné·es. Une écoute précieuse pour comprendre une génération dont on parle beaucoup, mais qu'on écoute finalement assez peu. 

À voir 

La bataille de Harvard (Série Arte en 3 volets)

Disponible à partir du 20 octobre 2026.

Comment Harvard, haut-lieu de l'élite académique américaine, est-elle devenue le symbole de l'opposition aux offensives idéologiques du mouvement Maga ? Ce documentaire en trois parties nous plonge dans les coulisses d'Harvard et décrit un tournant historique : le déclin fulgurant des institutions intellectuelles dans une démocratie confrontée à la montée de l'autoritarisme. On y voit que la lutte étudiante porte ses fruits et on comprend également la marge de manœuvre (réduite) qu'à la plus grande faculté du monde (et la plus riche aussi) face au gouvernement Trump. Cette série mêle l’expérience personnelle de la journaliste-réalisatrice Sandrine Rigaud et met en scène son travail de journaliste. 

À faire

Face à l'extrême-droite, ripostons ensemble ! Soirée organisée par StreetPress, Popol et Fakir 

Comment l'extrême droite gagne-t-elle du terrain ? Et surtout, comment la faire reculer ? Le 28 octobre à Rennes, Fakir, StreetPress et Popol unissent leurs forces pour une soirée de rencontres, de débats et de fête ! Avec Pierre Joigneaux et Mathieu Molard, auteurs de deux enquêtes sur l'extrême droite, et Léa Chamboncel à l'animation. 

Au programme : échanges, dédicaces et DJ set pour finir la soirée ! https://www.helloasso.com/associations/association-fakir/evenements/face-a-l-extreme-droite-ripostons-ensemble 

Assises européennes du Journalisme 

Strasbourg accueille la 3ème édition des Assises européennes du Journalisme. Le programme compte près de 50 débats et workshops, 80 intervenant·es venu·es de pays de l’Union européenne et abordera des questions telles que le rôle des journalistes face à l’urgence écologique, ce que font les rédactions devant les ingérences informationnelles dont ils font l’objet, ou encore l’état de la surveillance des journalistes en Europe et dans le monde ainsi que de la liberté de la presse. 

Du 4 au 6 novembre 2026 à l'hôtel de ville, au Münsterhof et au Parlement européen. Gratuit, sur inscriptions.

Festival international des résistances démocratiques 

Face aux reculs démocratiques et à la montée des autoritarismes, Démocratie Ouverte organise le Festival international des résistances démocratiques : une journée de conférences, d’ateliers et de rencontres conviviales avec des expert·es et activistes du monde entier, pour partager des expériences, renforcer nos solidarités et défendre ensemble nos démocraties.

Le 9 novembre, de 10h à 22h, à la Climate House (Paris). Prix libre et conscient, inscription obligatoire, places limitées. 


Si vous êtes un enfant en danger, si vous êtes une personne témoin ou soupçonnant des violences sexuelles faites à un enfant ou si vous souhaitez demander conseil, il existe un numéro national d'accueil téléphonique pour l'enfance en danger : le 119, ouvert 24h/24 et 7j/7. L'appel est gratuit et le numéro n'est pas visible sur les factures de téléphone.

Il est aussi possible d'envoyer un message écrit au 119 via le formulaire à remplir en ligne ou d'entrer en relation via un tchat en ligne : allo119.gouv.fr 

Pour les personnes sourdes et malentendantes, un dispositif spécifique est disponible sur le site allo119.gouv.fr







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