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De quoi la violence d’extrême-droite est-elle le nom ?
“Expéditions punitives”, menaces et agressions… Les dernières semaines ont été marquées par toute une série de violences perpétrées par des groupuscules d’extrême droite auxquelles s’ajoutent des manifestations et défilés sur la place publique d’individus se revendiquant néo-fascistes et néo-nazis. Des milliers de jeunes, et de moins jeunes, n’hésitent pas à recourir à la violence pour promouvoir une idéologie raciste et sexiste sur l’ensemble du territoire. Ces groupes sont organisés et semblent de plus en plus prêts à passer à l’action.
En parallèle de ces événements, pas une journée passée sur les réseaux sociaux sans voir défiler dans nos feeds des discours prônant la haine et l’exclusion. Des discours portés par de nombreux (souvent très jeunes) hommes mais aussi par des femmes. Elles sont nombreuses à prôner un retour aux valeurs traditionnelles tout en faisant l’apologie du sexisme, de la virilité, le tout saupoudré d’une bonne couche de racisme. Mais les femmes sont également instrumentalisées par ceux qui, n’hésitant pas à se revendiquer “néo-nazis”, cherchent à justifier leur violence en arguant du fait qu’elles ne veulent plus d’eux.
La violence d’extrême droite est bien présente de partout. Même si vous cherchez à vous en prémunir, vous n’y échapperez pas tellement elle a gangréné toute notre société. Cette violence est protéiforme et s’exprime à tous les niveaux. Elle s’exprime dans la rue, dans les écoles, au travail (et ailleurs) avec les insultes et les agressions, mais elle s’exprime aussi dans nos institutions à travers des discours discriminants, des projets politiques liberticides et des meurtres.
Voilà où nous en sommes en 2023. Mais comment en sommes-nous arrivé·es là ? Il n’y a évidemment pas de réponse toute faite à cette question et elle mériterait un travail de fond, convoquant plusieurs disciplines pour être étudiée convenablement. Néanmoins, une chose est sûre : depuis de nombreuses années, le pouvoir politique ne se montre pas particulièrement inquiet , tant et si bien que les groupuscules, milices et autres groupements d’extrême droite pullulent aux quatre coins de la France et s’enferment dans une violence de plus en plus incontrôlable.
Après des décennies à ériger les non nationaux en boucs émissaires et à désigner l’immigration comme la cause de tous les maux qui frappent notre société - une rhétorique de plus en plus généralisée à en croire les débats actuels autour du projet de loi immigration - certain·es s’étonnent de voir les crimes de haine se multiplier. Mais jusqu'où ira cette hypocrisie politique ?
Du côté du gouvernement, malgré le discours officiel qui prétend que tout est fait pour faire “barrage”, on se rend bien compte que dans les faits, le “barrage” est peu solide et qu’il y a même une certaine porosité… Et nous, vous ? Que pouvons-nous faire ? Chez Popol on cherche à alerter, à informer et à sensibiliser. Face aux médias mainstream qui portent un discours raciste, sexiste, LGBTQIA+phobe, etc., il nous faut imposer un autre discours et faire émerger de nouvelles voix !
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Mahaut Drama
Mahaut est née à Paris en 1994. Elle est humoriste et représente une véritable bouffée d’air dans le milieu du stand up français ! Féministe engagée, Mahaut décortique avec humour sur France Inter mais aussi dans d’autres médias (Urbania, Teva, etc.) l’actualité afin de la rendre plus accessible. Elle se sert aussi de l’humour pour faire émerger des sujets et sensibiliser l’opinion publique.
Après avoir fait des études de journalisme, elle bosse quelques mois dans des médias “mainstreams” et décide de se consacrer à sa vocation : la comédie. Elle monte pour la première fois sur scène en 2018 et créée le Comédie Love avec Tahnee. Son spectacle actuel, Drama Queen, est un véritable succès dans lequel elle aborde notamment la question de la santé mentale.
Léa Chamboncel a eu la chance de la recevoir et de l’interviewer pour le dernier épisode de son podcast Popol Talks.
Le féminisme d'extrême droite n'existe pas
Ça peut sembler évident pour beaucoup mais ça vaut le coup de le rappeler : les femmes politiques d’extrême droite ne sont pas des féministes. Leur tendance à se présenter comme des défenseuses des droits des femmes n’est qu’un leurre destiné à séduire l’électorat féminin.
Souvenez-vous, c’était il y a un peu plus d’un an, comment se présentait la candidate de Fratelli d’Italia désormais élue, Giorgia Meloni : « Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis une mère, je suis chrétienne. ». On pourrait se laisser tromper en se disant qu’il faut effectivement plus de femmes en politique sauf que Fratelli d’Italia est une coalition de partis d’extrême droite et que Giorgia Meloni, qui a commencé à militer au MSI, le parti héritier du Parti national Fasciste de Benito Mussolini, prône des valeurs réactionnaires et populistes : contre l’immigration, contre l’avortement et le mariage pour tout·es, etc.
Ces dernières années nous ont montré que la féminisation de la vie politique, que nous appelons de nos vœux, ne s’arrête pas aux frontières de l’ultra-libéralisme, ni de l’extrême droite. Longtemps presque exclusivement masculin, les partis d’extrême-droite européens, se sont massivement féminisés et ce n’est pas une bonne nouvelle. D’autant que ces nouvelles figures de la droite et de l’extrême-droite n’hésitent pas à se revendiquer du féminisme, quand bien même leur acception du terme n’aurait plus rien d’inclusif, afin d’afficher un visage plus acceptable et d’élargir leur électorat en le féminisant. C’est le cas de Giorgia Meloni, mais aussi, en France, de Marine Le Pen et de Marion Maréchal. Elles mettent en avant leur modernité et leur féminité.
Indépendantes, divorcées, elles apparaissent comme des femmes normales, simples et accessibles dans lesquelles on peut aisément se projeter. Elles surjouent leur ancrage populaire pour se démarquer d’une oligarchie qu’elles prétendent abhorrer alors même qu’elles viennent de milieux plutôt très favorisés. Depuis sa grande maison familiale de Saint-Cloud, Marine Le Pen n’a jamais été tellement turlupinée par des fins de mois difficiles et la hausse du prix de l’énergie. Il n’empêche le subterfuge fonctionne. Mais derrière la façade de respectabilité et malgré quelques concessions a minima, les programmes de Marine Le Pen et Giorgia Meloni restent fondamentalement nationalistes, LGBTQIA+phobes et xénophobes.
Le fémonationalisme, concept développé par la chercheuse Sara R. Farris pour désigner l'instrumentalisation par les nationalistes, néolibéraux, islamophobes et fémocrates d'un discours féministe à des fins électorales, a le vent en poupe en Europe, notamment auprès des candidates d’extrême droite. Alors soyons vigilant·es, il faut certes plus de femmes en politique, oui, mais pas n’importe lesquelles !
COP vs Pétromasculinité
Les COP se suivent et se ressemblent, voire affaiblissent leurs engagements. La COP 28 ne fait pas exception, sauf peut-être à assumer une langue de bois décomplexée et assumée. La première COP de 1995 a donné un premier espoir pour les écologistes et climatologues. Le discours poignant de Svern Cullis-Suzuki, 15 ans à l’époque, lors du sommet de Rio en 1992, a certainement été l’un des facteurs déclenchant de ces premières COP. Mais c’est seulement en 2015, avec la COP21, et l’accord ambitieux de Paris, soit presque 20 ans plus tard, qui a permis d’entrevoir un faible espoir pour la diminution des énergies fossiles et des objectifs forts sur la diminution de la production des GES dans le monde. Pourtant, à mesure que les années passent, les accords sur le climat, à l’origine de pleins de promesses, deviennent toujours plus obsolètes. Les objectifs de l’accord de Paris, censés limiter le réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle à moins de 1,5 °C sont particulièrement affectés.
Alors, 13 ans plus tard, quels sont les résultats ? Même si la crise humanitaire du Covid 19 a permis de diminuer la consommation des énergies fossiles, le répit fut de courte durée et l’effet rebond bien plus important que nous aurions plus l’imaginer. En effet, les investissements dans les énergies fossiles ont repris les années suivantes, atteignant un record total de 1 050 milliards de dollars en 2023, soit presque autant qu'en 2019. D'après des calculs du Fonds monétaire international (FMI), les subventions aux combustibles fossiles ont atteint un niveau record de sept billions (7 000 milliards) de dollars américains en 2022, soit 7% du PIB mondial.
Les mêmes constats sont dressés. Les ressources de la planète sont consommées à vive allure et cette dernière se réchauffe vite, très vite, entraînant de lourdes conséquences. À mesure que les années passent, les accords sur le climat, s’appauvrissent. Les objectifs de l’accord de Paris, censés limiter le réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle à moins de 1,5 °C deviennent obsolètes. Cette année encore, à quelques semaines de la COP28, qui se tiendra à Dubaï du 30 novembre au 12 décembre prochain, le monde semble s’éloigner un peu plus de cet accord.
La faute à qui ? Outre les gouvernements, les banques françaises ont été entre janvier 2016 et juin 2023 impliquées dans plus de la moitié des emprunts sur les marchés émis par l'industrie fossile dans le monde, a calculé un consortium de journalistes dans une enquête publiée en 2022, mais leur part de marché recule. « Les établissements français (...) font partie des plus actifs en Europe » et « sont » impliqués dans un peu plus de la moitié des opérations » de financement obligataire des géants du pétrole et du gaz, détaille l'enquête baptisée « Fossil finance », ONG fondée par Lucie Pinson, lauréate du prix Goldman pour l’environnement en 2020. La BNP, la Société Général ou encore le Crédit Agricole se partage le podium des investissements écocidaires.
Cependant, la COP 28, nous a donné deux votes non négligeables pour le futur. Dès les premiers jours, l’annonce de l'adoption de la mise en œuvre du fonds destiné à financer les « pertes et dommages » climatiques des pays vulnérables donne le ton. Un pas positif pour espérer dégripper les tensions financières entre le Nord et le Sud, en parallèle des négociations sur les énergies fossiles. Les premières promesses ont commencé à pleuvoir : 100 millions de dollars pour les Émirats, autant pour l'Allemagne, 10 millions pour le Japon, 17,5 millions pour les États-Unis, jusqu'à 40 millions de livres (environ 50 millions de dollars) pour le Royaume-Uni. Cet accord tant attendu et retoqué lors des précédentes COP fut en réalité l’arbre qui cache la forêt d’une lutte acharnée pour une conclusion beaucoup moins optimiste de ce grand évènement. Outre la double casquette du Sultan Al Jaber qui accueillait l’évènement à Dubaï tout en profitant de la messe mondiale pour conclure des contrats sur les énergies fossiles. La conclusion décevante de la COP 28 fut « le projet d'accord n'évoque pas la sortie des énergies fossiles, mais « une réduction de la consommation et de la production » . Celui-ci apparait comme un compromis mais surtout un recule. Et quand, les organismes internationaux, choisissant l’accueil de la COP 29 en l’Azerbaïdjan, cela ne laisse rien prédire de bon pour ce pays alimenté essentiellement grâce à l’exploitation du gaz qui fournit l’essentiel de son PIB.
Comment pouvons-nous encore en arriver à ces reculs et ces accords à la petite cuillère alors que nous sommes en 2023 et que le GIEC alerte depuis des années sur la nécessité de redresser la barre avant le point de non-retour ?
Chercheuse américaine en sciences politiques, Cara Daggett propose, lors d’un entretien avec Médiapart, une lecture féministe du climato-scepticisme. À travers le concept de « pétro-masculinité », elle démontre en quoi les énergies fossiles constituent un élément central de l’identité masculine dominante, mais aussi comment l’extrême droite gagne du terrain sur la question climatique. Pour elle, « Le genre et la sexualité structurent la question climatique ». Elle va plus loin dans son interview avec Médiapart en ajoutant « Je pense que cette association entre masculinité dominante et pouvoir attribuer aux combustibles a profondément imprégné la perception occidentale de la nature. Un point de vue où la nature est appréhendée comme extérieure aux humains, quelque chose qu’il vaut mieux contrôler et utiliser comme une ressource au service de la croissance économique. Cela s’inspire de l’intuition écoféministe selon laquelle la subordination des femmes et celle de la nature sont historiquement liées ». Elle nous fait alors penser indéniablement à Bruno Lemaire et sa 208 ou à Emmanuel Macron avec sa déclaration « moi j’aime la Bagnole » quand elle ajoute que « L’imaginaire de la voiture demeure omniprésent. Par exemple, lorsque les défenseurs des véhicules électriques défendent l’automobile individuelle, au lieu de mettre l’accent sur l’investissement dans les transports en commun, ou la construction de logements plus denses en relation avec les transports publics comme leviers de la transition écologique. Il y a aussi l’association symbolique plus large entre la masculinité virile et les grosses cylindrées – un lien évident dans le style ouvertement militariste des nouveaux SUV électriques comme le Tesla Truck ou le EV Hummer. ». Je vous conseille fortement de lire son livre Pétromasculinité, Du mythe fossile patriarcal aux systèmes énergétiques féministes.
Tout cela se retrouve finalement dans la représentation des femmes dans les différentes COP. Même si on peut affirmer facilement que la parité progresse un peu, les hommes représentaient 88 % des délégations en moyenne lors de la première COP. Alors que la délégation moyenne de la COP26 reste composée à 65 % d'hommes et à 35 % de femmes. Au niveau des gouvernements, cependant, seulement 12 % sont dirigés par des femmes, tandis que la proportion des femmes dans les parlements nationaux atteint 25,5 %.
Pourtant, une étude de la BNY indique que si les femmes investissent autant que les hommes, 1 870 milliards de dollars supplémentaires seraient injectés dans l’investissement responsable des énergies renouvelable, et il y aurait un surplus de 3 220 milliards de dollars dans l’économie au global.
J’ai alors envie de dire, quand laissez enfin la place aux femmes, avec une parité lors de ces COP ou tout autres négociations pour sauver le climat et l’environnement de notre vivant ? Quand pourrons-nous enfin travailler sérieusement à la transition climatique et écologique et décider ce que cela implique, avec un nécessaire pouvoir décisionnel ? Car, on vous voit chers messieurs, et c’est vous que l’Histoire retiendra comme acteurs du fiasco de la destruction de la vie des générations futures.
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À voir
Rien à perdre, Delphine Deloget
Sylvie s’occupe seule de ses deux enfants, et malgré les difficultés la vie est joyeuse. Un soir, alors qu’elle travaille, son plus jeune fils est victime d’un accident domestique. La machine s’emballe et le petit garçon est placé dans un foyer. Sylvie va tout faire pour essayer de récupérer la garde de son fils. Un film magnifique (porté par une Virginie Efira impeccable) d’une grande subtilité sur le quotidien des mères célibataires, les dérives d’un système de protection de l’enfance à bout de souffle et à court de moyen.
À lire
Triste tigre , Neige Sinno Éditions P.O.L
Dans ce récit autobiographique, l’autrice Neige, Sinno revient sur son histoire et sur les multiples viols perpétrés par son beau-père à son encontre lorsqu’elle était encore une enfant. Avec beaucoup de justesse, elle questionne les mécanismes de domination à l’oeuvre dans les violences sexuelles et sexistes. Triste Tigre est le roman français le plus récompensé en 2023 (prix Femina, prix Goncourt des lycéens et prix littéraire du Monde) et on comprend pourquoi.
Sortir
Marché de Noël féministe, Ground Control (Paris 12è)
Un marché regroupant plus de 60 créatrices féministes qui proposeront une variété de produits artisanaux (œuvres d’art uniques, bijoux faits à la main, des livres, des affiches, du textile éthique, etc.). Ça se passe dimanche (17 décembre) de 12h à 20h au Ground Control à Paris.
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