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C'est Marseille bébé !

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12 min ⋅ 13/02/2024

Marseille : un exemple d’union de la gauche à suivre ?

Lorsque l’on pense à Marseille, on pense tout de suite à la mer, au mistral, à l’accent des marseillais·es, aux panisses, etc. mais on oublie parfois à quel point cette ville vibre par son engagement. Même si c’est difficile à appréhender si on se contente de se promener sur le vieux port et de crapahuter dans les rues du panier, la solidarité est très développée à Marseille. Pour une personne qui vit à Paris, la différence avec la “ville lumière” est assez saisissante. 

J’en ai parlé avec des marseillais·es et tout·es étaient assez d’accord pour me dire que c’est une ville engagée, une ville de gauche qui, pourtant, a longtemps été gouvernée par la droite jusqu’à l'avènement du fameux “Printemps marseillais”. Cette union des gauches a été impulsée par de nombreuses initiatives citoyennes locales qui appelaient au rassemblement en vue des municipales de 2020. 

Après des discussions, hésitations et négociations, plus ou moins évidentes, l’union voit le jour et une liste commune “de gauche” réunissant des personnalités à la fois issues du monde politique et de la société civile, se présente pour gouverner la ville et sortir la droite. La tête de liste est Michèle Rubirola, membre d’Europe Écologie Les Verts, elle est conseillère départementale des Bouches-du-Rhône de 2015 à 2021. 

Le 15 mars 2020, les listes du Printemps marseillais arrivent en tête du premier tour à l'échelle de la ville avec 23,4 % des voix. Plusieurs mois se sont écoulés entre les deux tours des élections municipales en raison du confinement. Une campagne d’entre deux tours qui a été difficile et pour laquelle les candidat·es et leurs équipes ont dû faire preuve d’originalité et de créativité pour “faire campagne” dans un contexte assez inédit. 

Le 28 juin, le Printemps marseillais arrive en tête du second tour avec 38,28 % des voix, mais ne dispose que de 42 sièges sur 101 au conseil municipal. Les listes portées par Les Républicains recueillent 39 sièges. L'absence de majorité ouvre une période de négociations qui va durer jusqu’au 4 juillet, date à laquelle l’élection de la ou du maire est prévue. Grâce au report des voix des élus de la liste menée par Samia Ghali et au ralliement de Lisette Narducci, Michèle Rubirola est élue maire de Marseille. 

Sans cette union et cette liste commune, la gauche n’aurait pas remporté les élections et la droite aurait certainement continué à diriger la ville. Pour Marie Batoux, adjointe au maire en charge de l’éducation populaire, le succès de cette alliance s’explique notamment par le fait que “Le Printemps marseillais n’est pas vu que comme un cartel de partis car il rassemble aussi des associations. Il est perçu comme une construction politique qui dépasse le simple cadre des organisations politiques traditionnelles.”  

Mais est-ce que ce modèle d’union est déclinable ailleurs ainsi qu’au niveau national ? La NUPES, créée dans la précipitation à la veille des élections législatives nous a prouvé que c’était possible de s’unir pour gagner. Néanmoins, est-ce que l’union est tenable pour gouverner ? Rien n’est moins sûr… même si ça apparaît parfois comme nécessaire. L’union est donc possible, voire souhaitable, et comme le dit très bien Marie Batoux : “Ce n’est pas une utopie, c’est un combat” ! 

La cagole, nouvelle icône féministe

Difficile de parler de Marseille, des femmes et de féminisme sans évoquer la fameuse “cagole” et la réputation ainsi que les représentations qui lui collent à la peau. Difficile de ne pas l’évoquer et en même temps difficile de la définir, surtout quand on vit à Marseille depuis seulement une toute petite poignée d’années.

Commençons par quelques définitions “officielles”. Selon Le Robert, la cagole est un nom féminin et régional (sic.) qui renvoie à une jeune fille ou jeune femme qui affiche une féminité provocante et vulgaire. Vulgaire. Le mot est lâché.

Selon le Robert, vulgaire est un adjectif péjoratif qui désigne ce qui manque d’élévation et de distinction ou qui choque la bienséance. Dans une utilisation plus ancienne, “vulgaire” désignait aussi quelqu’un qui n’était “que cela”. Comme dans “Je ne le connais du tout, ce n’est qu’un vulgaire passant”. Juste ça, que ça.

Si l’on creuse un peu plus les recherches, on apprend que le mot “cagole” aurait deux origines.

Il viendrait du verbe provençal “cagar” qui veut dire ni plus ni moins que “déféquer” et pourrait aussi venir du “cagoulo”, le tablier des femmes qui travaillaient au début du XXème siècle dans les usines d’empaquetage de dattes et dont les salaires étaient si bas qu’on imaginait qu’elles se prostituaient pour pouvoir tenir le coup financièrement.

Dans l’imaginaire collectif, la cagole est donc une femme qui manque de distinction (mais selon quels critères ?), elle est “trop”. Elle parle trop fort, elle rit trop fort, elle s’habille trop moulant, trop brillant, elle est soit trop jeune pour s’habiller comme ça, soit trop vieille pour s’habiller comme ça, elle a l’accent du Sud et des expressions du cru. Elle aime le léopard, les balayages, les sacs de marque… C’est en tout cas l’image qu’on s’en fait. Et si la cagole est 100 % marseillaise et que le terme peine à dépasser les frontières de la région PACA, elle n’en est pas moins devenue une expression, fort utile, pour quiconque voudrait se refaire une santé sur le dos de “plus” que lui. Il est très difficile de définir la cagole et d’en donner une image exacte. La cagole représenterait tout ce que nous n’osons pas faire, un maître étalon de la norme. Une manière, en somme, de se sentir mieux dans son blazer Sézane. C’est exactement le sens de la vulgarité, un mot qu’on plaque sur les autres, sans jamais se douter qu’on sera toujours le vulgaire de quelqu’un·e. La cagole est pour certain·es un outil de différenciation. Il y aurait la cagole et les autres femmes. 

Depuis les années 2000, la cagole a infiltré l’imaginaire féministe dans une réappropriation de la féminité et aussi dans une lutte contre les diktats imposés par le capitalisme et le patriarcat, où la minceur est reine et où le corps comme le comportement doit être dompté pour ne jamais être “trop” justement : trop gros, trop bronzé, trop voyant, trop attirant et donc trop violable. La cagole nous oblige aussi à penser le corps des femmes dans l’espace public et à leur désir d’avoir un corps sexué - exactement dans les proportions de leur choix, jamais trop ni pas assez - sans que celui-ci ne soit jugé. Elle renverse le stigmate de la “salope”, de “l’allumeuse” qu’on cherche à rendre responsable des agressions et des violences dont elle pourrait être la victime. Et l’on a pu voir, grâce aux colleuses marseillaises, ce slogan s’afficher sur les murs de Marseille : “La coupable, c’est pas moi, ni mes fringues ni l’endroit : le violeur c’est toi”. Et même si la cagole a son pendant masculin, le fameux cacou !, elle est toujours pensée seule, indépendamment de toute fonction sociale. Peut-être la cagole a-t-elle un mari, des enfants, un métier, mais cela ne la définit pas. Elle se refuse à accueillir quelques images que les femmes tentent d’endosser au gré des vagues féministes successives. Good mum, bad mum, vieille fille, célibattante, love my job, to the moon and back, queen, mamacita, aucun # ne saurait lui être accolé. La cagole est mieux qu’indépendante, elle est autonome. 

Aujourd’hui, à Marseille, les Marseillaises et les Marseillais se sont peu à peu approprié·es cette figure. En 1997, un groupe de supportrices de l’OM, se sont regroupées derrière une banderole “Cagole’s band”, revendiquant cette féminité outrancière dans un monde extrêmement masculin. À Marseille toujours, le collectif Cagole nomade qui organise des soirées inclusives et festives a lui aussi contribué à réinvestir cette figure mythique et à en redéfinir les termes :

Cagole, nom non-genré, désigne une personne libre dans sa tête et dans son corps, qui met en lumière sa propre puissance par son authenticité.

Au-delà d’une revisitation parfois opportuniste et condescendante sur fond de pop culture et des réseaux sociaux, la cagole est bel et bien devenue une icône féministe et sociale et force est de constater que son panache et son appétit de vie sont parfois drôlement efficaces. 

À jamais les premières !

Marseille, tu l’aimes ou tu la détestes, il n’y a pas de position intermédiaire. Marseille est sauvage, atypique, bordélique, unique, indomptable. Marseille est historique, pionnière, multiculturelle, sociale. Même si elle a aussi une réputation d’insoumise et de violence, de guerre de la drogue, berceau de la French Connection ou encore d’une forte corruption. Marseille c’est un imaginaire, issue d’une histoire antique et méditerranéenne insolite. Marseille et la méditerrannée sont aussi des territoires fragiles et vulnérables, notamment au sur le plan environnemental. Considérée comme la ville la plus ancienne de France, la cité phocéenne de 26 siècles, s’est construite sur la côte méditerranéenne. Elle fut toujours une ville en extension par le commerce et la migration, au milieu d’une verdure sèche et gigantesque, d’une biodiversité riche et endémique. Il est donc très important de composer entre l’urbain et l’environnement, la mer d’un côté, la pinède et la garrigue de l’autre.

Une mauvaise réputation colle à la peau de la cité du Sud sur l’écologie : la ville est sale, elle est insalubre, les rats et les gabians prospèrent, les industries polluantes de l’étang de Berre étouffent, la plage du Prado s’appelle “épluchure beach” ou encore la pollution de l’air entre le port autonome et l’aéroport de Marignane touchent la santé des marseillais·es. En gros, la protection de l’environnement et l’écologie, on pense qu’à Marseille c’est réné. Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas complètement vrai. 

En effet, Marseille est une pionnière des luttes écologiques. Qui se souvient de la lutte menée en 1910 pour protéger la calanque de Port-Miou, contre une industrie destructrice ? La Société des excursionnistes de Marseille protesta vivement contre le projet d'exploitation du sable et de la chaux de la calanque de Port-Miou par la société chimique belge Solvay. C'est la première fois en France que des citoyen·nes se mobilisent contre un projet industriel pour protéger un environnement naturel. La lutte qui sera menée pendant des décennies avec en 1992 des manifestations d’habitant·es qui s'opposent à une tentative d'urbaniser les Calanques réclamant de protéger ce massif, ce qui interviendra enfin en 2013 avec la création du le Parc National des Calanques ; ou encore le combat contre le déversement des boues rouges, poison écologique, qui sera interdit totalement en 2023 après 40 ans de contestations.    

Créée en 1912 par des ornithologues de la Société d'acclimatation, celle-ci se voit confier par des saliniers en 1927 toute la partie centrale de la Camargue afin d'en étudier et d'en protéger la faune et la flore. Le début du XXe siècle voit également apparaître de premières actions pour la défense de la nature initiées par la société civile. En 1906, le député Charles Beauquier fait voter la première loi de protection de l'environnement, qui préfigure celle de 1930. La mer Méditerranée est l’un des 10 “hotspots” de biodiversité de la planète. Elle abrite environ 10 % des espèces répertoriées mondialement alors qu’elle ne représente qu’1 % de la surface globale des océans. Elle comprend des habitats remarquables (les fameux herbiers de posidonie, fonds coralligènes, grottes, canyons, etc.) accueillant plus de 17 000 espèces comme le grand dauphin, la tortue caouanne, la grande nacre ou le corb. Afin de préserver ce patrimoine exceptionnel, 30 aires marines protégées ont été créées. Elles occupent et couvrent l’ensemble de la façade littorale de la Région Sud. L’archipel de Riou couvre près de 160 hectares sur les eaux face au massif des Calanques. Il se compose de plusieurs îles, dont la plupart sont interdites aux humain·es ; c'est le seul archipel protéger ainsi en France. Enfin, l’université de Marseille a accueilli dès 1994 le premier cursus d’ingénierie université professionnelle dédié à la protection de l’environnement (IUP Dentes, mon diplôme bébé). 

Néanmoins, il ne faut pas croire que ces avancées et même grandes premières sont issues d’une politique écologiste forte de la part des dirigeants marseillais. Même si, à ma grande surprise, j’ai découvert récemment que Gaston Defferre (maire de 1953 jusqu'à sa mort en 1986) avait dès 1977 créé une délégation écologique ambitieuse et encore d’actualité (source INA) ! 

Tout d’abord, il y a le climat méditerranéen qui est le premier acteur à cause de sa vulnérabilité. Comme le définit Météo France, le climat méditerranéen (en termes géographiques) est caractérisé par des hivers doux et des étés chauds, un ensoleillement important et des vents violents fréquents. On observe peu de jours de pluie, irrégulièrement répartis sur l'année. À des hivers et étés secs succèdent des printemps et automnes très arrosés, souvent sous forme d'orages (40 % du total annuel en 3 mois). Ces précipitations peuvent apporter en quelques heures 4 fois plus d'eau que la moyenne mensuelle en un lieu donné, notamment à proximité du relief (épisode méditerranéen). Les aléas naturels sont donc très présents : sécheresse, incendies estivaux, inondations, raréfaction des ressources en eau, activité sismique, érosion et recul du trait de côte, tornade, canicule. Le changement climatique ne fait malheureusement qu’augmenter la fréquence et l’intensité de ces évènements et met en danger la population ou la biodiversité dû à des nouvelles espèces animales invasives aimant les climats chauds et vecteurs de maladies. Dans la région, depuis le début du XXe siècle, la température moyenne a augmenté de 2,1º, soit 20 % de plus que la moyenne nationale, souligne Philippe Rossello, coordinateur du Grec-Sud, l’antenne régionale du Giec.  

Outre le vecteur géographique et climatique, c’est grâce à la population et à son système démocratique particulier que Marseille s’est engagée dans la lutte pour la protection de l’environnement. La cité phocéenne a un des tissus associatifs les plus importants et actifs de France. Il est sociologiquement reconnu que le monde associatif est souvent une alternative pour pallier aux défaillances d'une politique publique globale inexistante. Ce qui fut le cas pendant des décennies grâce à la politique clientéliste de Jean-Claude Gaudin (1995-2020), sous dégoût des populations précaires et son absence totale de sensibilité écologique. Il existe donc près de 20 000 associations à Marseille dont 362 ont pour objet la protection de l’environnement. Pour nombreuses d’entre elles, ce sont des femmes qui sont à l’origine de leur création et majoritaires dans leur fonctionnement. Il existe un attachement fort à l’identité de marseillaise. L’adage local quand on pose la question “tu es de quelle nationalité ?”, la réponse est “marseillaise”. Et oui, ici, on est plus marseillais·es que français·es. D’où l’appropriation forte à la protection de la ville et de ses espaces, ses parcs, sa nature. La femme marseillaise protège son environnement comme elle protège son foyer et sa famille. Comme l’écrit Fawzia Zouari dès 2001, il faut un féminisme méditerranéen parce que “les femmes méditerranéennes ont la faculté de revenir aux sources, de porter la marque d’un monde et de conjuguer la différence, d’assimiler les influences, il y a place pour un féminisme méditerranéen dans lequel convergent deux visions du monde, de la différence et du droit, de la souveraineté et de la démocratie, de la loi et de la civilité.” Assumer la Méditerranée c’est aussi reconnaître et valoriser l’apport de l’Autre, en faire une source d’inspiration, un modèle, s’il le faut, que ça soit sur le plan écologique comme sur le plan féministe. Quant à Ruth Zylberman, dans son documentaire Méditerranéennes : La force des femmes (2013)”, elle montre que les femmes qui habitent la Méditerranée occupent, sur chacune de ses rives, une place tout à fait centrale, quelle que soit leur situation géographique particulière. Grâce à elles, le vivre ensemble est possible et les valeurs se transmettent de génération en génération. Combattantes pacifiques pour la plupart, elles portent haut les valeurs de la démocratie, du partage et de la liberté. De Tunis à Haïfa en passant par la cité phocéenne, Marseille, le documentaire suit les pas de ces militantes du quotidien, conviant à un voyage singulier où se joue l’avenir de la Méditerranée et de son environnement.

Il existe des mythes fondateurs de Massilia. Le plus connu, le mariage de Gyptis, princesse gauloise, à Protis, un navigateur grec de Phocée. En cadeau de mariage, le père de Gyptis, Nannus, offrit à sa fille un bout de terre pour fonder une ville et c’est elle qui donna naissance à Marseille à partir du Lacydon (le Panier, mon tiequar ma foi). L’autre mythe, moins connu, raconte que les Phocéen·es prirent la fuite suite à l’invasion perse. La déesse Artémis apparut en rêve à Aristarché, femme très estimée de la région, qui suivit les indications de navigation celle-ci et arriva au Lacydon où iels s’installèrent et fondèrent Massilia en construisant en premier lieu un temple en l’honneur de d’Artémis.

Deux femmes sont donc à l’origine de la fondation de Marseille, on ne peut que prédire que ce seront les femmes marseillaises qui continueront à protéger la cité, notamment du changement climatique, grâce à un écoféminisme méditerranéen. En bande organisée, personne peut nous canaliser.

Migra, Migra, Migram

En dehors de l’OM, la dernière fois que Marseille a fait les gros titres de la presse internationale, le pape François s’y rendait pour prononcer un discours demandant aux Européen·nes de faire preuve d’humanité sur la question migratoire. Avant son arrivée, le Pape avait d’ailleurs déclaré : “Je vais à Marseille ; pas en France”. Marseille était alors au cœur de la grande question migratoire en Méditerranée, ne connaissant donc plus de frontière. À ce moment-là une cinquantaine de mineur·es isolé·es avaient occupé l’Eglise Notre Dame du Mont puis avaient été mis·es à l’abri. Iels ont fait figure d’exception.

Non-assistance à personne en danger

Fin janvier, l’ONG de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) a publié un rapport intitulé “Ce n’est pas la France que j’avais imaginée” qui  affirme que  “le département français des Bouches-du-Rhône, où se trouve Marseille, la deuxième ville de France, ne fournit pas aux enfants migrant·e·s non accompagné·es les protections dont ils ont besoin et auxquelles ils ont droit.” C’est également ce que déclare depuis 2021 Claire Hédon, la Défenseure des droits. Et pour cause ; la protection et les droits des personnes migrantes était absente du programme de campagne d’Emmanuel Macron en 2022.

Il est estimé qu’aujourd’hui, entre 150 et 200 migrant·es mineur·es dorment dans les rues de Marseille. Selon HRW, la moitié de celleux qui font l’objet de tests d’évaluation de leur âge se voient refuser la reconnaissance de leur statut d’enfant, décisions qui seront finalement annulées pour 75 % d’entre elleux quand iels déposent un recours devant les tribunaux. Le temps que leurs recours soit examiné par le tribunal, iels sont privé·es d'hébergement d'urgence, d’aide juridique ou de protection universelle en matière de santé et d'éducation. Et c’est une histoire complexe d’administration car celleux qui ne sont pas reconnu·es officiellement comme enfants ne sont pas non plus considéré·es comme adultes en ce qui concerne les soins dont iels peuvent bénéficier. Iels ne peuvent donc souvent pas être pris·es en charge à la hauteur de leurs maux. Et pourtant, d’après HRW, des maux, il y en a. C’est contraire aux obligations de la France qui est tenue de leur accorder des garanties spéciales protégeant leurs droits humains, telles que définies dans le droit international et européen

Faire le travail des pouvoirs publics

Au total, 14 700 mineur·es étranger·es sont arrivé·es sur le sol français en 2022. Selon le ministère de la Justice, cela équivaut au niveau de 2017. Les trois principaux pays de provenance de ces mineur·es isolé·es sont la Côte d'Ivoire, la Guinée et la Tunisie. La proportion de filles et jeunes femmes (6,8%) est en hausse par rapport à 2021 ; la majorité d’entre elles vient de Côte d'Ivoire, de Guinée et de République démocratique du Congo.

En France, les enfants migrant·es non accompagné·es ont droit à un accueil provisoire d’urgence (APU), en attendant une évaluation de leur âge. Depuis 2017, au moins 3 rapports du Sénat dressent le même constat : le dispositif de mise à l'abri est insuffisant. 

Les organismes d’entraide sont nombreux à exprimer leur incapacité à faire plus et surtout le fait qu’ils fassent le travail des pouvoirs publics. À Marseille, fin 2022, un collectif de jeunes migrant·es isolé·es a dû être évacué après que la mairie a pris un arrêté de péril sur le bâtiment dans lequel iels logeaient faute de solution d’hébergement. 

Certain·es tirent la sonnette d’alarme, comme le département de l’Ain qui a fait le choix de s’exposer sciemment à des condamnations du tribunal administratif. Depuis fin 2023, il a annoncé qu'il suspendait temporairement (pour une durée de trois mois) la prise en charge des jeunes migrant·es isolé·es arrivant directement dans le département car il n’est plus en mesure de les accueillir. Cela va dans le sens du Sénat, qui souhaite que l’État se charge de l’évaluation et de la mise à l’abri. Allez, encore une piste pour continuer à faire de Marseille ce grand laboratoire politique, cette fois sur la scène internationale. 


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À écouter 

Comment parler de Marseille sans parler de rap ? IAM, Soprano, Fonky Family, Soprano ou encore Jul. Le rap marseillais a été souvent vu uniquement via ses artistes masculins. Pourtant, la scène des rappeuses marseillaises est prolifique. Le premier nom qui vient est forcément celui de Keny Arkana qui fait un rap engagé depuis plus de 20 ans dans sa ville d’origine. Deux albums, une dizaine d’EP, des collaborations avec Soprano, La Fouine, ou encore Nekfeu. Mais les années 2020 ont un parfum de renouveau du rap féminin, lui aussi engagé mais plus féministe et intime. 

Sérendipité, Tessae

Dans ses chansons, Tessæ évoque des sujets personnels comme le harcèlement scolaire dont elle a été victime dans son adolescence et dont elle a aussi livré le témoignage dans un ouvrage intitulé "Frôler les murs" (JC Lattès, 2021). Son premier album évoque aussi le sexisme, l'adolescence ou le harcèlement sexuel comme sur sa chanson "Salope".

Mes maux, Oumay

À 24 ans, elle a été footballeuse avant de se lancer dans le rap. Après un bac et un master 2 en droit, elle décide de tenter de vivre de sa passion : la musique. Sa musique est un mélange de chant, de rap, de pop-afro et de sonorités orientales. Ses thématiques : l'amour, la vie quotidienne, le féminisme.

En bande organisée, remix, collectif Bonnie 

À Marseille, huit rappeuses prennent le pouvoir en remixant le tube "Bande Organisée" de Jul. Si l’original compte aujourd’hui plus de 210 millions de vues, le remix a déjà dépassé le million de vues. Un coup de boost pour mettre en lumière le rap féminin, trop ignoré selon elles. Une version 100 % féminine qui porte plusieurs messages et deux objectifs : changer l'image de la femme véhiculée dans les clips de rap et la replacer au centre de la création. “Nique ton père sur la canebière, nique tes morts j’te jette dans le vieux port”.

​​Popol Talks avec Nora Hamadi 

Pour ce nouvel épisode de Popol Talks, Léa Chamboncel a le grand plaisir de recevoir Nora Hamadi. Nora est journaliste, réalisatrice et banlieusarde. Elle nous raconte ici son parcours, ses combats, sa passion pour l'Europe, de Marseille, etc. Nora Hamadi présente notamment l'émission "Sous les radars" sur France Culture.

À faire 

Cagole Nomade Party

En 2019, le projet "Cagole Nomade" est né, à l'initiative de deux jeunes marseillaises meilleures amies, Moranne Deroff et Lisa Billiard. L'idée était la suivante : prôner, à travers ce projet, l'égalité des genres dans la liberté de se mouvoir, d'exister, de se revendiquer. Comme elles l’expliquent sur leur site “La Cagole” est une formule qui définit une catégorie de femmes dites  “extraverties, légères et vulgaires” du sud de la France. Cette expression, qui représente un stéréotype, est dévalorisante au sein de la société. Pourtant, elles décident de la revendiquer. C’est ce qu’on appelle le retournement du stigmate. Se revendiquer “Cagole Nomade”, c’est être fièr·e de son identité en mouvement, que nous venions de Marseille ou d’ailleurs. L’indépendance, l’authenticité et la détermination sont des caractéristiques clés de notre identité. Cagole Nomade Party à Paris, au Petit Bain, le 23 février Cagole Nomade Party à Marseille, au Molotov, le 2 mars.

À voir 

Là où il y a eu oppression, il y a eu résistance - 1983-2023 - La marche pour l'égalité et contre le racisme, Musée d'Histoire de Marseille - (MHM)

Quelques jeunes  remplis d’espoir ont entamé une épopée improbable à travers toute la France pour arriver à rassembler plus de 100 000 personnes à Paris le 3 décembre 1983. L’émergence d’une deuxième génération post-coloniale prenait conscience des inégalités banalisées. 40 ans après ? L’égalité demandée à coups de pancartes, de slogans et de chansons est-elle une réalité ? Les discriminations et le racisme sont toujours présents voire renforcés. Cette exposition a deux objectifs principaux : donner les clefs de lecture et permettre aux jeunes générations de mieux appréhender cette histoire collective qui a suscité tant d’espoir et de désillusions. À voir jusqu’au 10 mars 2024. 

À lire 

Marseille trop puissante, 50 ans de féminisme, Margaux Mazellier, Éditions Hors d’atteinte 

Il en est du féminisme comme bon nombre de mouvements politiques et sociaux : on a parfois l’impression que tout part de Paris, la capitale. Dans ce livre passionnant, la journaliste Margaux Mazellier donne la parole à 32 femmes, 32 féministes qui depuis 50 ans ont tenté de faire de Marseille, une ville plus accueillante pour les femmes.

15-38 Méditerranée

15-38 ce sont les coordonnées de la longitude et de la latitude qui pointent le centre de la Méditerranée. Cette plateforme est alimentée par des journalistes et réalisateurices, passé·es par des rédactions françaises et internationales pour couvrir l’actualité depuis la Syrie, le Liban ou l’Algérie. Elle permet de mieux s’informer sur les grandes questions d’actualité des deux rives de la Méditerranée et vient d’un constat : approfondir les sujets qui ne le sont pas en raison de l’immédiateté du traitement de l’information, remettant en question le métier de journaliste et la façon d’exposer l’actualité. On aime les podcasts pleins d’humanité et très parlants, les dossiers fouillés et l’énergie de ce média.





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