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Maltraitance d'État

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13 min ⋅ 16/01/2024

Enfance : la petite cause du quinquennat

Quand on fait le choix d’écrire sur l’enfance, on sait quand on commence mais on ne sait jamais quand on va terminer, tellement il y a de choses à dire… Le premier sujet qui vient à l'esprit est celui des violences. Et, en la matière, les chiffres sont particulièrement inquiétants : 1 enfant meurt chaque semaine sous les coups d’un·e adulte, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, dont 77% au sein de la famille, 24% des Français·es de plus de 18 ans estiment avoir été victimes de maltraitances graves dans leur enfance (source : secrétariat d’État chargé de l’enfance). 

Depuis plusieurs années, le gouvernement assure vouloir lutter contre les violences faites aux enfants. Aussi, poussé par une forte mobilisation citoyenne qui a notamment pris de l’ampleur avec la parution de l’ouvrage de Camille Kouchner, La familia grande, et le mouvement #Metooinceste lancé par Madeline Da Silva pour le collectif Nous Toutes, le gouvernement a mis en place début 2021 la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE). La mission de la CIIVISE est la suivante : “accompagner un changement de société, pour permettre à la France de s’engager de manière déterminée pour une protection des mineurs, par l’instauration d’une culture de la prévention et de la protection”. 

La commission, alors présidée par le juge Edouard Durand, a remis son rapport en novembre dernier dans lequel elle propose 82 préconisations dont l’imprescriptibilité des viols et agressions sexuelles commises contre les enfants. Un mois plus tard, alors que le gouvernement annonce que la mission de l’instance est renouvelée, le juge Durand est écarté de sa présidence bien qu’il soit largement plébiscité pour son travail par l’ensemble des acteurices du secteur. Dans la foulée, 11 membres quittent la commission pour afficher leur soutien au juge Durand et contester cette décision qui semble leur avoir été imposée, tel qu’en atteste leur communiqué de presse publié le jour de leur démission collective : “Nous déplorons que les deux coprésidents n’aient pas été préalablement informés ni du maintien de la Ciivise ni de la nomination de Sébastien Boueilh, et donc de l’éviction d’Edouard Durand”. Les membres démissionnaires dénoncent le silence du gouvernement suite à leur sollicitation dans laquelle était demandé le maintien du juge Durand à la tête de la commission. Un silence difficile à encaisser lorsque l’on se donne pour mission de “briser le silence”. Cet événement a profondément choqué l’ensemble des acteurices du secteur et le principal concerné, le juge Edouard Durand, confiait récemment à l’Humanité qu’il s’agissait pour lui “d’une volonté de transformer la Ciivise en une simple instance de suivi, qui laisserait de côté sa tâche essentielle de recueil de la parole des victimes”. 

Toujours en novembre 2023, le gouvernement a lancé son plan pluriannuel de lutte contre les violences faites aux enfants en affichant 6 objectifs et 22 actions à mener. Pour beaucoup de professionnel·les du secteur, ce plan est une succession de mesurettes au financement incertain… De la communication en dépit d’actions concrètes ? Affaire à suivre… 

On ne peut bien évidemment pas parler de l’enfance sans parler de l’aide sociale à l’enfance (ASE) et là aussi, il faut bien l’admettre la situation est catastrophique : difficultés financières qui ne se résorbent pas, nombre d’enfants en danger qui augmente, partout en France les services de l’ASE sont au bord de l’implosion. Face à ce constat, et à l’appel de nombreux départements (qui gèrent l’ASE), Charlotte Caubel (l’ancienne secrétaire d’État chargée de l’enfance) avait annoncé qu’elle était favorable à la tenue d’États généraux de la protection de l’enfance en 2024… Encore une promesse qui n’engage que celleux qui y croient ? On peut légitimement se poser la question. 

Par ailleurs, si le gouvernement prétend œuvrer pour une plus grande protection de l’enfance, au-delà du fait que l’on peut aisément en douter, il est important de noter que depuis la prise de pouvoir d’Emmanuel Macron, la pauvreté explose. Aussi, les enfants sans solution d’hébergement sont de plus en plus nombreux·ses : 1990 en 2023 selon l’UNICEF, soit une augmentation de 20% par rapport à 2022. Ajoutons à ça qu’une étude de l'Assurance maladie et de Santé publique France, publiée le 9 janvier dernier, démontre que les enfants les plus pauvres sont trois fois plus souvent hospitalisé·es pour des problèmes psychiatriques que les autres. Plus globalement, et comme nous l’a dit La Cimade, il n’y a pas de réelle politique publique de protection de l’enfance en France.  

Enfin, last but note least, parlons maintenant de l’éducation. Même si c’est le secteur qui bénéficie du plus gros budget (64 milliards en 2024), il est important de noter que la France est l’un des pays de l’OCDE qui investit le moins dans l’éducation. Par ailleurs, les inégalités scolaires se sont creusées ces dernières années et les réformes en cascade ont compliqué l’organisation de l’enseignement. Et la récente réforme du collège, avec notamment la mise en place de groupes de niveaux, risque d’accentuer les inégalités… 

Bien que le nouveau premier ministre ait assuré qu’il emmenait avec lui à Matignon “la cause de l’école”, “mère de toutes les batailles” on imagine encore difficilement comment les choses peuvent s’améliorer quand l’on voit que ce portefeuille est désormais un portefeuille parmi d’autres. Car en effet, on peut d’ailleurs se demander comment Amélie Oudéa-Castéra qui est déjà bien occupée avec les Jeux Olympiques de Paris, va arriver à s’occuper “en même temps” de : la jeunesse, des sports ET de l’éducation nationale. Notons toutefois que ce n’est pas la première fois qu’un·e ministre se retrouve à cumuler ces portefeuilles, mais la particularité c’est que ce n’est jamais arrivé en période de JO accueillis par la France… Si elle s’ennuyait, peut-être aurait-elle pu trouver une solution pour loger les volontaires des JO au lieu de demander honteusement aux étudiant·es résidant dans des logements du CROUS de “faire un effort”. 

Vous l’aurez compris, la situation est alarmante et il est urgent de politiser l’enfance et de tout faire pour qu’elle soit au centre de nos préoccupations politiques et citoyennes.

Crédits photo : Sylvie Castioni Crédits photo : Sylvie Castioni

Andréa Bescond

Réalisatrice, danseuse, actrice, militante, autrice… Andréa Bescond est sur tous les fronts pour sensibiliser sans relâche, et à travers différents supports, aux violences sexuelles et sexistes. Celle qui a reçu de nombreux prix (Molière, César, etc.), se consacre depuis des années à la lutte contre les VSS, notamment à l’égard des enfants. C’est avec son seule en scène, les Chatouilles ou la danse de la colère, qu’Andréa Bescond se fait connaître du grand public. Quelques années plus tard, elle coadapte cette pièce autobiographique au cinéma avec Éric Métayer. Depuis, elle enchaîne les films, pièces de théâtres, livres, etc.

Son compte Instagram “Les posts noirs”, sur lequel elle interpelle auteurs de violences et responsables politiques à la première personne du singulier, est suivi par près de 180 000 personnes.

Andréa Bescond remonte sur les planches du théâtre de l’atelier du 11 avril au 1er juin pour 13 représentations des Chatouilles (places à réserver ici). Elle est l’invitée du dernier épisode de Popol Talks.

Où sont les enfants ?

Commençons par quelques chiffres (édifiants) :

  • Chaque semaine, en France, 1 enfant meurt sous les coups de ses parents.

  • 24% des Français·es de plus de 18 ans estiment qu’ils ont été victime de maltraitance durant leur enfance.

  • 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles dont 77 % au sein de la famille (chiffres à date de 2021).

  • Les enfants en situation de handicap ont un risque 2,9 fois plus élevé d’être victime de violences sexuelles.

  • En 2021, 13% des femmes et 5,5% des hommes disent avoir subi des violences sexuelles dont 4,6% des femmes et 1,2% des hommes disent avoir subi des violences incestueuses.

  • 1 enfant sur 7 est victime de violence dans le sport.

  • 31% des parents estiment que leurs enfants sont victimes de cyber-violence.

  • Entre 6, 7% des élèves sont victimes de harcèlement scolaire (source : secrétariat d’État chargé de l’enfance).

  • En 2021, France Terre d’Asile faisait état de 11 315 mineurs isolés étrangers sur le territoire français, les chiffres de 2023 avoisineraient les 15 000.

C’est sans doute à cause de ces chiffres accablants que la lutte contre les violences faites aux enfants a été érigée en priorité par la première Ministre lors du comité interministériel du 20 novembre 2022. Les mesures évoquées, que l’on peut trouver en détails ici, comprennent notamment : le déploiement des actions éducatives de prévention à grande échelle pour sensibiliser les adultes et les enfants sur les différentes formes de violences, l'accompagnement renforcé des mineurs victimes dans les procédures judiciaires, la formation des professionnels, pour renforcer leur capacité à détecter et signaler les situations de violence, etc. Toutes ces intentions sont belles et bonnes et il est toujours rassurant de se dire qu’au moins le sujet est dans toutes les têtes, mais que veulent dire ces annonces quand on sait la crise traversée par l’Aide sociale à l’enfance, les centres de Protections Maternelles et Infantiles, quand on sait que les travailleurs sociaux et les médecins travaillent dans des conditions catastrophiques ?

Car si nous avons besoin d’agir et d’agir vite, c’est aussi tout le rapport que nous entretenons avec l’enfance et les enfants que nous devons interroger. Dans un post instagram extrêmement relayé, et dans lequel elle rebondissait sur la question de la création des espaces sans enfants dans les lieux publics et les transports, la militante féministe, Douce Dibondo a posé avec beaucoup de justesse le paradoxe dans lequel nous nous trouvons. Une société qui survalorise la famille et la maternité, les enfants pensés comme une possession, mais qui peine à leur laisser de la place, à les entendre et à les considérer autrement que dans un rapport d’autorité et de domination. Elle établit notamment un lien très intéressant entre les sociétés coloniales et le contrôle des corps sur les plus faibles comme outil d’oppression. 

Avant même d’enchaîner les effets d’annonce et les numéros vert, il serait sans doute judicieux de se demander pourquoi nous privilégions toujours les droits des adultes sur les droits des enfants et pourquoi le rapport que nous entretenons avec elleux est toujours celui de l’autorité, le but étant avant tout pour le législateur, l’homme politique, le parent, le professeur, de savoir si cette autorité est fonctionnelle ou non. Les révoltes de 2023, qui ont fait suite à l’assassinat d’un adolescent de 17 ans par un fonctionnaire de police, ont été très révélatrices de cet état de fait. Plus d’1/3 des inculpé·es étaient des mineur·es ce qui a donné lieu à un débat, mené par le président Emmanuel Macron lui-même sur l’absence d’autorité des familles, et l’absence de projet politique sous-tendant cette colère, car c’est bien connu, l’enfant n’a pas d’autres avis à avoir que celui de s’adapter en permanence au bon vouloir des adultes. Pire, ce débat autour de l’absence d’autorité des familles, laisse affleurer une idée, vieille comme le monde, selon laquelle les enfants en danger seraient en réalité des enfants dangereux pour la société dans laquelle ils vivent. Le monde à l’envers. 

Le féminisme, l’écologie, la lutte décoloniale sont autant de grands mouvements sociétaux qui nous aident à penser les violences et les discriminations, à nous organiser politiquement afin d’accéder à un monde plus juste. De tous ces combats, malgré tout, les enfants sont souvent oublié·es. Toutes et tous, qui avons été des enfants, nous devons garder cela en tête, ce n’est plus aux enfants de s’adapter à notre monde, mais à nous de les remettre au centre.

Infanticides environnementaux

En 2023, l’Union Européenne s’est prononcée pour l’interdiction des polluants dits “éternels”. Ceux-ci correspondent à des composés perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés appelés PFAS et considérés comme “les poisons du siècle”. On retrouve ces molécules dans les objets du quotidien (poêles en Teflon, papier cuisson, emballages alimentaires, textiles, cosmétiques…) et dans les applications industrielles (mousse anti-incendie, peintures, pesticides, …). Les PFAS peuvent entraîner des problèmes de santé tels que des lésions hépatiques, des maladies thyroïdiennes, de l'obésité, des problèmes de fertilité et des cancers. Ces “polluants éternels” ont contaminé tous les milieux (eau, air, sol) et l’ensemble de la chaîne alimentaire. Les chiffres font peur : l’ensemble de la population européenne est contaminé par les PFAS dont les enfants, dès leur naissance ; il n’existe pas de système métabolique qui ne soit pas affecté par ces polluants. Malheureusement, les PFAS ne sont pas les seuls à mettre les enfants en danger ; le spectre des pollutions environnementales entraînant des maladies graves est très étendu.

Une idée préconçue voudrait que ce soit les enfants vivant dans les grandes villes les plus exposés aux risques de pollution. L’exemple le plus courant est celui de l’air extérieur. En effet, en France, il y a environ 48 000 décès liés à la pollution de l’air, soit la troisième cause de mortalité après l’alcool et le tabac. Chez les enfants, les conséquences de la pollution atmosphérique sont l’augmentation des naissances prématurées, de l’asthme ou encore, de façon importante, celle des bronchiolites ou cancer du poumon. Une étude récente de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques en santé publique et sociale) démontre que les enfants les plus défavorisés sont plus touchés parce qu'ils vivent plus souvent au sein des aires d'attraction économiques des villes (et donc des industries ou usines) et dans les communes les plus polluées.

Une pollution de l’air qui touche tous les enfants sans distinction géographique est celle de l’air intérieur, il peut être jusqu’à 8 fois plus pollué que l’air extérieur. Les sources de pollution dans les logements sont nombreuses : tabagisme, moisissures, matériaux de construction, meubles, acariens, produits d’entretien, peintures... De par leur petite taille, les enfants sont plus près du sol, là où s’accumulent les polluants. Leur rythme de respiration est 2 fois plus soutenu que celui des adultes et ils respirent une plus grande quantité d’air relativement à leur taille. Cette pollution entraîne des problèmes respiratoires : respiration sifflante, rhinites, asthme, irritation de la gorge, congestion nasale, toux sèche mais aussi de l’eczéma, dermatite, conjonctivite, irritation de la peau et des yeux. La pollution de l’air intérieur impacte également les performances scolaires car elle réduit les capacités de concentration et de mémorisation. La performance cognitive réduite, les difficultés à dormir s’accumulent, le cerveau est mal oxygéné ; les enfants sont plus fatigués et peuvent même souffrir de maux de tête. Mais là encore, il ne faut pas penser que cela se passe principalement dans le foyer, en dehors du logement familial, c’est l’école qui présente le plus gros risque d’exposition à la pollution de l’air intérieur : les enfants passent plus de 40% de leur temps en classe. Les chiffres sont effarants : 3 écoles sur 4 ne sont pas équipées de ventilation mécanique, environ 10 % des écoles présentent au moins un élément dégradé avec une concentration de plomb supérieure à 1 mg/cm² qui dépasse le seuil réglementaire, les écoles les plus anciennes dépassent le seuil d’insalubrité ou les cours goudronnées qui augmentent les îlots de chaleurs et donc les inhalations goudronnées. Là encore, les enfants vivant dans des familles précaires sont plus exposés à cette pollution à cause d’habiter dans des logements plus prompts à une mauvaise aération et isolation et donc à la moisissure ou aux produits toxiques. Ils fréquentent aussi des écoles plus dégradées. Alors, en plus du risque sanitaire, la pollution de l’air devient un facteur de réussite scolaire.   

Cependant, on ne peut pas penser que la santé des enfants des milieux plus ruraux est plus protégée. Du fait de vivre à proximité de champs d’agriculture conventionnelle, l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) pointe l’augmentation du risque de leucémies, de cancers et de troubles neurologiques lors de l’exposition directe aux pesticides pendant la grossesse ou la petite enfance. Les pesticides, qu’ils soient professionnels par les épandages, ou domestiques par exemple pour le traitement des plantes au sein des jardins, polluent l’air, s’infiltrent dans les sols et polluent les cours d’eau, pour se retrouver dans le quotidien des familles. Une récente étude, encore de l’Inserm, a identifié que les enfants vivant près d’exploitations vinicoles ont un risque de leucémie lymphoblastique 10% supérieur à la moyenne. En effet, les vignes sont parfois traitées aux pesticides jusqu’à 19 fois par an. En Guadeloupe et Martinique, il a été démontré que l’exposition prénatale et postnatale au chlordécone, pesticide dangereux utilisé pour la culture bananière, est associée à une diminution des capacités intellectuelles et à une augmentation des difficultés comportementales chez les plus jeunes.

Malheureusement, la liste des facteurs environnementaux entraînant des maladies pédiatriques graves ne s’arrête pas aux pollutions de l’air et aux pesticides. L’industrie est une autre grande coupable. Début 2000, l’histoire des enfants vivants à proximité de l’usine Kodak de Vincennes avait secoué bon nombre de parents. Cinq enfants vivant à proximité de l’usine ont développé des cancers. C’est le tournant de ce qu’il s’appelle aujourd’hui les clusters de cancers pédiatriques. L’activité de certaines industries rejettent dans l’air et dans l’eau des métaux lourds et terres rares dont les concentrations sont souvent supérieures à la réglementation. Même si les mesures ont été durcies, les infractions restent courantes. Le taux de cancers pédiatriques augmente alors fortement, les maladies rares du sang et les leucémies étant prédominantes. Actuellement, il existe 4 clusters de cancer pédiatriques connus. À Igoville dans l’Eure, c’est une usine de fabrication de vannes et de tubes spéciaux pour les secteurs de la défense, du nucléaire et de la pétrochimie qui est suspectée. À Pont-de-l’Arche en Loire Atlantique, 25 enfants ont déclaré un cancer entre mai 2015 et mai 2021. À Saint-Rogatien en Poitou-Charentes ou encore autour de Rousses dans le Haut Jura, les cancers pédiatriques explosent avec suspicions d’industries coupables. Plus récemment, c’est l’usine Sanofi de Mourenx (Pyrénées-Atlantiques) qui est dans le viseur des familles. Celle-ci produit la Dépakine depuis 1967, médicament prouvé responsable de malformations et de troubles neurodéveloppementaux chez des milliers d’enfants de mères traitées pendant leur grossesse. Malgré son interdiction chez les femmes enceintes, des pathologies similaires sont présentes chez des enfants de riverains de l’usine et de travailleuses fréquentant la zone industrielle. Aucune mère n’a pris le médicament, toutes s’interrogent sur le lien avec les rejets dans l’air de valproate de sodium, son principe actif, autour du site.

Aujourd’hui, seulement une infime partie de l’impact sanitaire des polluants et facteurs environnementaux sur les enfants est connue. Devant le manque de moyens ou d’écoute des organismes de santé publique, de nombreux parents s’organisent pour faire leurs propres recherches et montent des collectifs de vigilance citoyenne. Il existe une réelle inaction politique sur la recherche des clusters de cancers pédiatriques et dans la protection des enfants contre la pollution plus généralement.

Il ne faut pas avoir peur de dire que le bilan de l’État est accablant. Depuis 2008, les directives européennes sur la qualité de l'air ambiant obligent les États membres de l'Union européenne à prendre des mesures appropriées pour garantir le respect des valeurs limites et cibles dans un délai spécifié. Cependant, rien ou presque, n’est fait pour améliorer la pollution de l’air en France, et ce malgré une première condamnation en 2017 par le Conseil d’État. Celle-ci sera suivie d’autres en 2021, 2022 et 2023 obligeant la France a payé 30 Millions d’amendes face à la persistance de ces dépassements, alors que le danger de la pollution de l'air n’est plus à prouver.

Enfin, concernant les pesticides, les reculs s’accumulent. Dès 2007, le Grenelle sur l’environnement avait pris un engagement de réduction de l’usage des produits phytosanitaires jusqu’à son interdiction. Dix en plus tard, Macron 2017 promet que le gouvernement prendra des dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France au plus tard dans trois ans. Non seulement la promesse n’a pas été tenue mais le gouvernement a même fait un revirement. Il a autorisé la réintroduction des néonicotinoïdes dans les cultures et la France s'abstiendra lors du vote de la proposition de la Commission européenne sur le renouvellement de l'autorisation du glyphosate pour dix ans dans l'UE.

Jean-Paul Jaud sortait en 2008 l’indispensable documentaire “Nos enfants nous accuseront”. Non seulement c’est toujours d’actualité, mais ils auront bien raison.

Partout dans le monde, les droits des enfants bafoués

Le respect des droits de l’enfant est en net recul dans le monde selon l’ONU. Analyse des facteurs et point sur les manquements français en matière de respect des normes internationales des droits de l’enfant.

Les enfants représentent environ un tiers de la population mondiale. L’objet juridique garantissant leurs droits au niveau international est la Convention internationale des droits de l’enfant, signée par 140 Etats. Le dernier en date est le Soudan du Sud (2015). La France l’a ratifiée il y a presque 35 ans. Quand les droits des enfants sont bafoués, il est difficile de les dissocier ou de les hiérarchiser car ils sont tous interconnectés ; la violation de l’un entraîne souvent la violation d’autres droits. Il est toutefois possible d’affirmer que les priorités internationales en termes de respect des droits des enfants se situent au niveau de l’accès à la santé, à l’éducation et à la protection contre toute forme de violence.

Il y a tout juste un an, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits humains constatait que le respect des droits de l’enfant reculait partout. Dans toutes les crises, iels sont les personnes les plus touchées et les filles et les enfants non conformes aux attentes de genre sociologiques ou psychologiques, en particulier. Par crises, comprenez conflits mais également crises climatiques. Dans son rapport sur la situation des filles dans le monde en 2023, l’ONG Save The Children estime à 4 million le nombre de filles vivant dans les pays où les revenus sont les plus bas (les pays où les individus ont les revenus les plus faibles) qui n’ont pas terminé leurs études à cause des événements climatiques qui ont eu lieu en 2021. 

Un chiffre historique pour les enfants migrant·es et déplacé·es dans le monde

D’après l’Unicef, les crises et la violence ont laissé un nombre record de 36,5 millions d’enfants déplacé·es de chez elleux à la fin de 2021 – le nombre le plus élevé enregistré depuis la Seconde Guerre mondiale. Un chiffre alarmant qui ne va pas s’améliorer car ces crises arrivent en cascade et sont protéiformes. Le nombre d’enfants déplacé·es de force a d’ailleurs doublé au cours de la dernière décennie. Aujourd’hui, plus d’un enfant déplacé sur 3 vit en Afrique subsaharienne (36%), un quart en Europe et en Asie centrale (25%) et 13% (1,4 million) au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Il est important de souligner que, toujours selon l’UNICEF, la bande de Gaza est aujourd’hui l’endroit le plus dangereux au monde pour un enfant (plus de 5000 enfants tué·es et plus d’un million déplacé·es). 

La France ne remplit pas ses obligations internationales

Le Comité des droits de l’enfants de l’ONU examine l’application de ce texte dans les États de manière périodique. Ses conclusions ont été publiées l’année dernière dans le cas de la France, qui lui demandent de se mettre en conformité avec les dispositions du texte. Le gouvernement français n’a pas donné suite à cette demande. “En France, il semblerait que la protection de l’enfance ne soit pas la priorité du moment et la protection des enfants étrangers, encore moins…”, nous affirme Violaine Husson, responsable des questions Genre et Protections de La Cimade. Selon elle, appliquer les textes relève d’une volonté politique, parfois absente. “Depuis cet été, par exemple, des départements ont décidé de ne plus mettre à l’abri les personnes se déclarant mineures et qui attendent d’avoir leur évaluation. C’est pourtant une obligation légale. Autre exemple, l’instruction est obligatoire et pourtant des enfants ne sont pas tous scolarisé·es”

L’Unicef a également d’autres exemples qui relèvent de décisions politiques. Corentin Bailleul, le responsable du pôle plaidoyer et des programmes pour Unicef France soulève la victoire obtenue lors de l’examen du projet de loi immigration, qui interdit le placement en rétention des enfants. “Il s’agit d’une décision politique. Cela aurait quand même pu aller plus loin et interdire également le placement en rétention des enfants aux frontières, mais c’est quand même une victoire”. L’Unicef a également fait part au Conseil Constitutionnel de l’anti constitutionnalité de plusieurs articles de ce projet de loi, qui sera validé ou pas le 25 janvier 2024. Chez Popol, on suivra cela. Pour Corentin Bailleul, le nombre de places créées pour les enfants sans domicile relève également d’une volonté politique. En France, alors que le gouvernement annonçait à l’automne 2022 “zéro enfant dans les rues”, le nombre de ces enfants sans domicile augmente. “Entre les annonces et les mises en œuvre il y a un pas”, explique-t-il. Aujourd’hui, à l’heure du remaniement ministériel, et même si le Premier ministre a dit avoir emporté avec lui la question de l’éducation à Matignon, il n’est pas certain que le secrétariat d’Etat chargé de l’enfance reste sous sa tutelle.


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À voir 

Les chatouilles, André Bescond et Éric Métayer 

TW. Odette est une petite fille passionnée par la danse qui est agressée sexuellement par un ami de ses parents pendant des années. On la suit à travers son adolescence pendant laquelle elle ne parlera pas, et à travers sa vie de jeune femme, moment où elle finit par raconter ce qui lui est arrivé. Un film fabuleux et très touchant ! 

Dark Water, Todds Heynes

Ce thriller juridique est inspiré de la véritable histoire de Robert Bilott, avocat américain et défenseur de l’environnement, qui a révélé la pollution chimique de l’eau, par les PFAS. L’exposition répétée à ce composant a entraîné des maladies au sein des travailleurs et des populations voisines d’une usine en Virginie, berceau de la campagne natale de l’avocat. Même si on peut être lasser des personnages récurrents des héros (blancs) solitaires dans les films sur la défense de l’environnement, Mark Ruffalo permet de rapidement dépasser cela. Le film s’inscrit dans une actualité alarmante sur les polluants éternels et leurs impacts sur la santé des populations. Il suscite de multiples réflexions sur la chaîne de consommation quotidienne ou la corruption des états face aux lobbies industriels.

À lire 

Triste tigre, Neige Sinno Éditions P.O.L 

TW. Dans ce récit autobiographique, l’autrice Neige Sinno, revient sur son histoire et sur les multiples viols perpétrés par son beau-père à son encontre lorsqu’elle était encore une enfant. Avec beaucoup de justesse, elle questionne les mécanismes de domination à l'œuvre dans les violences sexuelles et sexistes. Triste Tigre est le roman français le plus récompensé en 2023 (prix Femina, prix Goncourt des lycéens et prix littéraire du Monde) et on comprend pourquoi. 

À écouter

L'inceste, la série documentaire, France Culture

TW. Pour cette série documentaire en 4 épisodes, Johanna Bedeau s'interroge sur le déni de notre société face à l’inceste. Pour ce faire, elle s’intéresse au tabou qui règne dans notre société autour de l’inceste et à comment “l’élite masculine” s’est organisée pour créer l’impunité. Elle traite aussi de la réponse institutionnelle, de la prise en charge, etc. 

Popol Talks avec Estelle Ndjandjo 

Pour l’avant dernier épisode de Popol Talks, Léa Chamboncel a eu l’immense plaisir de recevoir Estelle Ndjandjo. Estelle est journaliste indépendante (radio, podcast, presse écrite) et réalise notamment des documentaires audio où elle mêle habilement l'intime et le politique. Estelle est également porte-parole de l'Association des journalistes antiracistes et racisé·es (AJAR). Elles ont parlé ensemble d'engagement, de l'évolution des pratiques journalistiques, et de politique, bien évidemment !

Inceste, pédocriminalité : le déni ? Sous les radars, Nora Hamadi, France Culture

En deux épisodes, Nora Hamadi interroge sur les violences sexuelles faites aux enfants et sur comment réparer l'irréparable. Arnaud Gallais, activiste des droits de l’enfant et ancien membre de la Ciivise, nous raconte l’insupportable maltraitance dans un témoignage émouvant, de l'accueil de la parole des victimes aux procédures en justice. 

Sortir

Rétrospective Suzanne Valadon 

Connaissez-vous le tableau Danse à la ville d’Auguste Renoir ? La femme représentée sur cette toile est Suzanne Valadon, une modèle, qui a commencé à poser à Paris dès l’âge de 15 ans. À 18 ans, elle devient mère d’un petit garçon que l’on connaîtra plus tard sous le nom de Maurice Utrillo.  De modèle, Suzanne Valadon devient une artiste autodidacte dans le Montmartre des avant-gardes et occupe une place importante parmi ses pairs et œuvre pour la reconnaissance des femmes dans le monde de l’art. Artiste du réel, elle rompt notamment avec l’idéalisation des corps et peint des nus, alors qu’ils sont plutôt réservés aux artistes hommes. Les sujets considérés comme “féminins” (natures mortes, paysages…) ne l’attireront que vers la fin de sa carrière. Dans l’exposition Un Monde à soi proposée au musée d’arts de Nantes jusqu’au 11 février 2024, vous aurez l’occasion de découvrir plus d’une centaine de ses tableaux, transgressifs et sans concession. L’exposition soulève également la question de la visibilité des femmes artistes à l’époque.




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