De quoi Emmanuel Macron est-il le nom ?
Tu es né le 21 décembre 1977 à Amiens, tu as fait une grande école, tu as été banquier, secrétaire général de l’Elysée et ministre de l’économie. Tu ne te revendiques d’aucun parti politique, d’aucune idéologie, tu prétends vouloir dépasser les clivages pour gouverner de manière pragmatique et prendre les meilleures décisions pour la France. Beaucoup y croient, beaucoup pensent que tu es peut-être la personne qui va leur permettre de changer leur quotidien. Tu parles avec des mots “modernes”, tu n’hésites pas à emprunter au vocabulaire des entreprises de la tech, tu veux “disrupter”, faire de la France une “start up nation”, etc. Tu veux réconcilier la société civile et le monde politique, d’ailleurs tu le promets, tu vas profondément changer la classe politique française en composant un gouvernement majoritairement “issu de la société civile”. Certain·es pensent que, grâce à toi, la classe politique française va profondément changer et qu’enfin, iels seront représenté·es par des personnes qui comprennent leur réalité. Tu promets de lutter contre les extrêmes, de réduire les inégalités, de moderniser notre démocratie. Tu parles bien, tu as les cheveux bien coiffés, t’as plutôt la gueule du gendre idéal, comme on dit. Certain·es sont séduit·es par ton projet politique, qui reste pourtant profondément creux et relativement peu innovant, au point que tu te retrouves soutenu par tout un tas d’ancien·nes des partis traditionnels (à droite comme à gauche) et par des personnes qui n’auraient jamais imaginé “faire de la politique”. Tu as 39 ans, tu t’appelles Emmanuel Macron et tu viens d’être élu président de la République française.
Au fur et à mesure de ton “règne”, les déçu·es vont te désavouer et les opportunistes te rejoindre, tant et si bien qu’aujourd’hui tu es entouré de personnalités politiques qui ne rêvent que de te remplacer et que tu ne peux faire confiance à personne. Tu avais promis de gouverner différemment, de casser les codes mais tout ce que tu fais c’est t'enfermer dans une verticalité de plus en plus radicale. Tu avais promis de protéger, notamment les plus précaires, mais tu les accables en les rendant encore plus pauvres et en les stigmatisant. Tu as fait de l’égalité femmes hommes et de la lutte contre les violences ta “grande cause”, mais tu défends les agresseurs.
De quoi es-tu véritablement le nom ? Toi qui flirtes avec le nationalisme, toi qui pactises avec l’extrême-droite, toi qui piétines nos libertés, toi qui brades nos droits, toi qui voues un culte sans borne au libéralisme, toi qui ne jures que par l’autorité. Qui es-tu réellement ?
S’il y a bien un enseignement que l’on devrait impérativement tirer de cette présidence, c’est qu’il faut se méfier des apparences. Car en effet, l’autoritarisme ne porte pas toujours des bottes en cuir bien lustrées, il peut aussi endosser son plus beau sourire et un costume bien coupé. Il peut se cacher derrière des vœux pieux tels que la lutte contre les inégalités et l’amélioration des services publics. Mais il peut aussi et surtout mentir. Car c’est bien de ça dont il s’agit principalement : le mensonge. Une grande partie du discours politique du président de la République est façonnée par le mensonge.
Malheureusement, la classe politique française est coutumière du fait. Mentir ne fait peur à personne puisque finalement les responsables politiques jouissent d’une protection juridique et politique qui les placent dans une “bulle d’irresponsabilité”. Et c’est sans compter qu’iels sont rarement contredits par les journalistes des médias mainstreams et jouissent ainsi d’une certaine immunité médiatique. C’est comme ça qu’on a des ministres qui se succèdent dans les médias pour dire que le gouvernement lutte contre l’extrême-droite, c’est ainsi que l’on a un président de la République qui affirme, en nous regardant droit dans les yeux, qu’il va “mettre fin aux violences faites aux femmes”, etc.
Est-ce pour autant qu’il faut totalement désavouer la politique ? La réponse est non. Non, il ne faut pas désavouer la politique. Non, il ne faut pas baisser les bras. Non, il ne faut pas leur laisser la place. Mais il faut se parler, s’organiser et lutter ensemble pour retrouver notre puissance collective et imposer une nouvelle forme de pouvoir.
NB : je me suis inspirée du ton et style des “Posts noirs” d’Andréa Bescond pour rédiger cet article.
Photo de P.A Hüe de Fontenay
Justine Triet
Alors que tout le monde s’écharpe sur le sort réservé à Gérard Depardieu et Sylvain Tesson, et le prétendu rayonnement culturel français, il en est une qui surfe de crête en crête sur un océan de récompenses, parfaitement méritées. Justine Triet, qui après la Palme d’Or à Cannes, les Golden Globe, vient maintenant d’être nominée aux oscars (pas moins de cinq nominations !). Elle est d’ailleurs la première Française à être nommée pour l’Oscar de la meilleure réalisation.
Dans le sillage de Céline Sciamma et Rebecca Zlotowski, elle participe à une forme de renouveau du cinéma français, dans une ère post metoo et même si le chemin reste encore très long, marque ainsi la fin de l’omniprésence masculine derrière les caméras.
Elle s’est fait connaître en 2014 avec La Bataille de Solférino, un film éminemment Popol, puisqu’il suivait la journée d’une journaliste au siège du parti socialiste lors de la victoire du PS aux présidentielles. Son cinéma, marqué par des personnages féminins très forts et inoubliables, ainsi qu’un goût prononcé pour les scènes de procès virtuoses, est l’un des plus passionnant de ces dernières années. Réjouissons-nous de son succès !
La fête des mères
L’année dernière pour la fête des mères, nous avions écrit dans Popol post un article sur les femmes qui n’avaient pas d’enfant. Les mères de personne. Dans cet article nous interrogions la difficulté que nous avions tous et toutes à penser le destin des femmes vides d’enfants, même dans les rangs féministes, où tous les tabous sautaient depuis le choix à disposer de son corps jusqu’au droit de revendiquer une maternité différente, de s’autoriser à être une mauvaise mère, d’exprimer des regrets… tous sauf celui de se projeter dans une vie sans enfants. La sortie du président de la République sur le réarmement démographique a provoqué, à juste titre, un tollé. Outre la grotesquerie de toute la séquence, la sottise du terme, l’absence totale d’à-propos saupoudré d’un zeste de fascisme larvé, les femmes se sont élevées massivement contre cette énième instrumentalisation de leur corps (et accessoirement de leur existence et de tous les autres liens qu’elles pourraient avoir envie de nouer et de créer au cours de leur vie). Au son de “lâchez-nous l’utérus” nous nous sommes insurgées, d’autant que ce plan de “réarmement” a été suivi tout de suite après par le refus du président du Sénat d’inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution. On aurait pu croire que ces débats enflammés allaient enfin permettre de penser la nulliparité plus justement et plus précisément, de sortir de l’image de l’éternelle jeune fille immature et éprise de liberté, d’en interroger la place dans l’histoire et dans la société, de réfléchir aussi, puisque tel est le sujet abordé par le président, à ce que cela signifie que de ne pas réussir à concevoir et à fonder une famille… Peut-être aussi à mettre l’enfant à naître au cœur de nos préoccupations, plutôt que les intérêts démographiques et démagogiques d’une nation, ou nos propres projections narcissiques.
Il n’en a rien été et cette résistance nous interroge. Nous vous remettons donc ici, cet article intitulé “Fête des mères”.
Ces dernières années, le combat féministe a investi le champ de la maternité. Pour que les lignes bougent, pour révéler les zones d’ombre, faire changer les lois d’une société où toute la charge repose encore beaucoup sur les femmes et pour qu’existe aussi une autre narration, celle où la maternité pourrait être plurielle, sortie du couple, de la seule hétérosexualité… Et c’est en effet une grande avancée que cette maternité qui se dérobe enfin à une norme dont les limites n’ont cessé de peser sur les femmes. Pourtant, une parole peine encore à se faire entendre, celle des femmes qui n’ont pas d’enfant : parce qu’elles ne le veulent pas, parce qu’elles ne le peuvent pas, parce qu’elles ne l’ont pas su et ne le savent pas encore.
“C’était un délire d’une génération de féministes wonderwoman : des femmes qui regrettent de ne pas être mère.” Voilà ce que titrait le Figaro le 11 mai 2023 dans un article que l’on aurait cru sorti d’un autre âge tant il alignait des arguments rétrogrades et d’une faiblesse consternante. Et dont on imagine qu’il est une réponse à un mouvement récent qui a vu certaines femmes déclarer publiquement leur regret d’être mère. Dans cet article donc, des femmes y racontent leur regret d’avoir cédé aux sirènes du féminisme, une autre de ne pas transmettre son histoire familiale. Tous les clichés sont convoqués, depuis l’avortement “de confort” dont on ne dit pas assez aux femmes que c’est un trauma, la fameuse horloge biologique qu’on ne peut certainement pas ignorer impunément et enfin, last but not least comme on dit outre-manche, le célèbre égoïsme de la femme nullipare qui cède aux sirènes de la bamboche (“Jusqu’à 38 ans, elles se sont senties jeunes filles, dans une quête de plaisirs et de découvertes…” sic.) et qui telle la cigale, se retrouvera fort dépourvue quand la bise sera venue. Cet article, publié dans un journal peu connu pour ses vues progressistes, ne fait pas tendance et par ailleurs, chaque femme a le droit de s’exprimer sur le sujet dans les termes qu’elle entend mais il est révélateur de la difficulté que nous avons encore, tous et toutes, à appréhender le parcours des femmes sans enfants.
Pourtant, une étude du magazine Elle/ifop datant de septembre 2022 montre que 30% des femmes nullipares en âge de procréer (de 15 à 49 ans) ne souhaitent pas avoir d’enfants. Et une Française sur trois âgée de 15 ans et plus estime qu’il n’est pas nécessaire de devenir mère pour être heureuse (merci Elle pour le scoop !). Cette enquête montrait aussi, que grâce aux lois sur la PMA, les femmes interrogées dissociaient le fait d’être en couple et celui d’avoir des enfants et de fonder une famille.
Ces chiffres, “vertigineux” pour reprendre les termes de l’article paru dans le Elle du 29 septembre 2022 (et il est vrai que les chiffres d’infécondité volontaire tournent généralement toujours autour de 4% et 5%), s’explique par une éco-anxiété grandissante, une méfiance vis-à-vis des rapports de genre dans une société patriarcale et enfin, par la crainte que la maternité soit un frein à l’épanouissement personnel (revoilà la fameuse égoïste doublée d’une hédoniste).
Quoi qu’on pense de ces chiffres et de la manière dont ils ont été tournés, ils restent intéressants dans la mesure où ils ont mis en lumière une réalité qui a toujours été pensée sous la forme de l’anomalie ou de l’étonnement : il existe des femmes qui ne sont pas mères. Puisqu’on parle de chiffres, il en est un qui ne change que très peu au cours des décennies, c’est celui des femmes qui n’auront pas d’enfants. Pour la dernière génération dont nous avons les chiffres, celle née entre 1960 et 1965, elle est de 13,5% (le chiffre tournait autour de 20% dans les années 1900 et de 12,7% dans les années 30). Ne pas être mère n’est pas une nouveauté et les raisons en sont multiples et parfois très intimes. Volontaire ou non, source de joie ou source de souffrance, deuil difficile ou connaissance de soi, désir d’autonomie ou aliénation sociale, l’infécondité est avant tout un chemin de vie et n’aura jamais seulement à voir avec l’éco-anxiété et le refus de sacrifier ses heures de sommeil et ses beuveries entre ami·es.
En 2024, l’identité des femmes reste encore profondément marquée par le fait de devenir mère. Qu’on le veuille ou non, les bénéfices sociaux et moraux de la maternité restent encore si fort que nous continuons, nous féministes, de passer à côté d’un destin féminin méconnu, négligé, dont les enseignements pourraient pourtant nous être riches, intimement et politiquement.
L’écologie punitive vs l’écologie heureuse
Alors que la planète flambe et que tous les spécialistes du climat l’annoncent depuis des années, que le GIEC rappelle dans tous ses rapports que les Etats doivent agir pour éviter le pire, l’écologie ne s’est toujours pas implantée dans les politiques mondiales et dans les quotidiens. Je peux même vous dire que malgré ce que l’on pense, il y a une régression importante depuis ces 10 dernières années.
Deux arguments reviennent souvent : les normes environnementales sont trop dures et empêchent la croissance ou le fonctionnement de l’agriculture, de l’industrie ou encore du BTP. L’autre est que l’écologie coûte trop chère et est punitive, appauvrissant et contraignant les ménages.
Le terme “écologie punitive” est employé par les politicien·nes depuis de nombreuses années, particulièrement des droites et extrêmes droites, pour justifier leur inaction, mandat après mandat. Au niveau national et international, les lobbies et les gouvernements expliquent à longueur de temps que l’écologie tue l’économie et le productivisme. Au niveau local, le discours est plus apaisé même si pour certain.es plus feignant·es que sceptiques, ces arguments sont réutilisés.
Pourtant, les bénéfices et co-bénéfices liés à la réelle mise en œuvre d’actions environnementales ne sont plus à démontrer. La réparation ou l’inaction coûtent bien plus cher que la prévention. L’actualité de la grève des agriculteurices est un exemple. Sans rentrer dans la complexité de la politique agricole commune (PAC) et de sa réforme, le discours de la FNSEA explique principalement que les normes environnementales sont la cause de tous les maux des agriculteurices et de leur mal-être. Pas les crédits accumulés pour s’équiper et toujours pousser la production de la terre, pas l’emprise des des agro-industriels comme Mosanto qui poussent au rachat annuel de semences et l’endettement des paysan·nes, ni la politique de marché libéraliste et la signature de traité mortifère pour l’agriculture locale. On peut ajouter le problème des bénéfices disproportionnés de l’industrie agroalimentaire ou des revendeurs (supermarchés). Est-ce donc l’écologie qui est punitive ? Bien au contraire, l’application de méthode de l’agroforesterie ou la diminution des pesticides ont démontré l’augmentation du bien-être chez les agriculteurices. Plus de haies, moins de pesticides donc plus de biodiversité nécessaire à la bonne santé des cultures. Des sols moins travaillés et augmentés par des couverts ou intrants naturels augmentent la fertilité de la terre. Il en est de même pour l’élevage. En termes de dépenses publiques, il faut voir sur le long terme avec la diminution des maladies environnementales (Lymphomes, leucémies, mélanomes, tumeurs du système nerveux central ou cancers de la prostate) et donc des coûts de santé.
L’écologie n’est punitive que lorsqu’on essaie de démontrer que tout est de sa faute plutôt que montrer qu’elle peut améliorer la vie des personnes. Pour cela il faut montrer l’exemple et désigner les bons coupables. Il faut accompagner le changement des comportements avec des systèmes de récompenses plutôt que de taxes ou fiscalités non incitatives pénalisant les plus précaires. Comment faire ? Changer l’ensemble de nos modèles de consommation et production, forcer nos politiques à prendre en compte la crise actuelle et à prendre des décisions pour l’intérêt général plutôt que celui particulier des lobbies notamment. Comment expliquer qu’il faille faire des efforts lorsque des ministres, présidents ou milliardaires se déplacent en jet et vivent dans l’opulence ? Comment demander aux populations qui souffrent au quotidien en les culpabilisant de ne pas faire plus avec moins ? Comment comprendre que l’écologie n’est pas punitive alors que les médias ne montrent que les revendications climatosceptiques, remettent en question les scientifiques et oublient les modèles de réussite leur préférant les informations anxiogènes qui font plus d’audience ?
Le coût des sinistres climatiques est estimé à 10 milliards d'euros pour la seule année 2022 en France, contre 3,6 milliards d’euros en moyenne annuelle sur la décennie 2011-2021. Au poids financier de ces dégâts, il faut ajouter l’impact monétaire des effets sanitaires du changement climatique : entre 22 et 37 milliards de coûts cumulés pour la période 2015-2020 en France métropole, selon Santé publique France. Il faudrait 2,3 Mds€ par an additionnels sur le budget de l’Etat pour éviter ces coûts de réparation, ceux-ci même qui d’ici 2050 impacteront de -10 points le PIB.
Une citation du développement durable oubliée mais qui a eu ses heures de gloire était “du local au global”. L’idée était de démontrer que la moindre action à son échelle, que le retour sur la terre ferme, la liberté d’agir étaient bénéfiques à l’ensemble de la planète. Tout déséquilibre, même le plus petit, peut affecter les écosystèmes, humains comme naturels. Le fameux “effet papillon”. C’est effectivement les initiatives locales et des coopérations populaires qu’il faudrait retenir et montrer le plus possible. Mettre en lumière que l’écologie peut être heureuse, positive et salvatrice. Un exemple qui met du baume au cœur : la réduction de 80% de la déforestation amazonienne depuis le départ de Bolsonaro du pouvoir brésilien. Autre exemple, en Éthiopie, l’utilisation de terres communautaires fortement dégradées est réglementée afin de restaurer les sols et de limiter le surpâturage dans le cadre d’accords communautaires plutôt qu’à l’aide de clôtures. Résultat : la biodiversité, la couverture végétale et l'infiltration de l’eau dans les sols augmentent. Alors que la dégradation des terres arides représente une perte annuelle de produit intérieur pouvant aller jusqu’à 8% dans les pays en développement. En France, le succès des AMAP vient d’une famille du Sud qui a décidé en 2001 de changer son modèle agricole pour permettre aux gens de mieux manger et pour eux de vivre mieux. Cela a tellement bien marché qu’il en existe 2200 aujourd’hui qui font vivre décemment près de 5000 paysan.nes.
Il faut valoriser le coût global et les effets bénéfiques d’une meilleure qualité de l’air, d’une alimentation moins toxique et moins protéinée, la mobilité active, la nature ou encore la diminution des canicules par exemple. La santé mentale et physique sont améliorées, les portes-monnaies tout aussi remplis voir plus, l’anxiété des générations futures moins présentes. On peut entendre dire que ce n’est pas possible partout et notamment les milieux plus ruraux ou les ménages plus précaires et c’est vrai. Mais là encore, ce n’est pas une résultante des politiques environnementales mais bien de l’inaction globale de ceux et celles qui sont au pouvoir, leur incapacité à se projeter dans un futur plus lointain que leur mandat ou de leurs bénéfices financiers. Le choix de rester dans un modèle capitaliste et sociétal mortifère plutôt que d’engager le changement. Par exemple, abandonner des familles et leur histoire dans des inondations pour faire du clientélisme et laisser construire dans des zones à risques très connues. Ne pas apprendre la leçon, recommencer et recommencer, laisser le désespoir s’installer.
L’écologie punitive n’existe pas. La politique punitive, elle, est bien réelle. En ne faisant rien, les politiques et les industriels tuent à petit feu les populations, notamment les plus vulnérables (femmes, enfants, minorités, etc.) ainsi que la planète. Je ne sais pas vous, mais personnellement, j’ai envie de me lever le matin avec un petit peu d’espoir, écologique et démocratique. Essayons ensemble.
Belgique : Force et robustesse du mouvement féministe
À l’approche des élections européennes, Popol Worldwide s’intéresse à la situation des droits des femmes dans l’espace européen, notamment face à la montée des populismes. Cette saison démarre avec un petit panorama de l’état des luttes en Belgique, qui préside l’Union européenne jusqu’en juin 2024. Pour cet article, Clothilde Le Coz s’est entretenue avec Sarah Schlitz, l’ex secrétaire d'État à l'Égalité des genres, des chances et à la diversité au sein du gouvernement De Croo (2020-2023). Cet entretien sera bientôt disponible en intégralité sur le site Internet de Popol Media.
La Belgique fait figure de pionnière en matière de droit des femmes et des minorités en Europe notamment avec l’adoption d’une loi dites “anti-féminicide” entrée en vigueur en 2022, qui inscrit, répertorie et définit officiellement le “féminicide”, une première en Europe. La Belgique est également un pays reconnu pour sa défense législative des droits des personnes LGBTQIA+ (loi en faveur du mariage et de l’adoption pour les couples de personnes de même genre, accès à la PMA pour toustes, loi antidiscrimination, et loi pour les droits des personnes transgenres notamment). Alors chez Popol, on a essayé de comprendre où en sont les luttes, ce qui fonctionne et ce qui reste à parcourir.
Un féminisme soudé à l’épreuve d’un pays divisé
Le fédéralisme belge est unique au monde, ce qui rend souvent complexe la compréhension de son paysage politique éclaté. Depuis 2020, son gouvernement est fondé sur une coalition de quatre familles politiques (coalition “Vivaldi”) et il existe une réelle dichotomie entre les néerlandophones et les francophones (les partis politiques étant scindés par groupe linguistique). Dans ce contexte, garder un mouvement féministe soudé relève de la prouesse. Le féminisme est pourtant un fondement très important de la société belge car il a su s’arrimer à différentes composantes de la société. Pour Sarah Schlitz, le mouvement féministe actuel est très mature et doté d’un pragmatisme important pour obtenir des droits avancés et du financement structurel. “Je constate qu’en Belgique francophone on a un mouvement féministe très soudé, très organique aussi, fort connecté sur les réseaux sociaux via des groupes privés, des influenceuses et des comptes qui ont beaucoup de de visibilité. On peut également compter sur des grandes associations historiques qui font un très gros travail de structuration, de structuration des revendications, de mise à l'agenda et qui sont financées par les pouvoirs publics” déclare-t-elle à Popol.
En Belgique néerlandophone (la région de Flandre compte 6,6 millions habitants sur les 11,5 millions), la situation est plus délicate car certaines associations de la région ont récemment vu leur subventions supprimées. Pour Sarah Schlitz, le fait que les indépendantistes flamands (N-VA), soit le premier parti de la région n’y est pas étranger et le contexte politique est déterminant pour la santé du mouvement.
C’est notamment pour cette raison qu’il est important de faire appel à la loi pour ancrer les avancées féministes dans les mentalités. Pour Sarah Schlitz, devant la menace de la monté de l’extrême droite au pouvoir, il est d’ailleurs très important d’inscrire les politiques d’égalité dans la loi, et ne pas en faire seulement de bonnes pratiques. “Si l’extrême droite revient au pouvoir, il faut que ça soit vraiment compliqué pour elle de tout détricoter. Si c'est écrit dans la loi, elle se mettra hors la loi. Elle n’a pas toujours peur de le faire, mais au moins ça ajoute un frein” , nous dit-elle.
L’avortement : un vrai blocage
En effet, les partis conservateurs au pouvoir ont un réel impact sur les droits des femmes à mener la vie qu’elles souhaitent. La réforme de l’accès à l’IVG en Belgique en est une illustration. Aujourd’hui, la chambre des représentant·es est à nouveau à l’œuvre pour tenter de réformer la loi de 1990 sur l’accès à l’IVG. Le gel de cette réforme était pourtant une condition des chrétiens-démocrates flamands (CD&V) pour entrer dans la coalition Vivaldi.
Tout comme en Allemagne, l’avortement est légal en Belgique, mais reste inscrit dans le code pénal. Dans ce contexte, sa légalisation est donc définie de manière exceptionnelle à sa criminalisation, ce qui a des conséquences sur l’accès au soin. L’organisation Médecins du Monde dénonce cette situation et milite pour que l’accès à l’IVG soit simplifié dans le pays. À ce jour, toute personne enceinte a le droit d’avorter avant 12 semaines de grossesse. La loi impose également un délai de réflexion de 6 jours et une obligation de discussion concernant les possibilités d’adoption, sous peine d’amendes et de peine de prison pour les femmes et les praticien·nes. Si la majorité des avortements sont bien pratiqués avant 12 semaines, les défenseureuses de la dépénalisation et de l’assouplissement de la loi avancent qu’entre 500 et 1000 femmes se rendent aux Pays Bas pour avorter chaque année… souvent les plus fragilisées. De quoi nourrir la détermination du mouvement féministe à l’approche des élections belges en juin prochain et de faire de cette réforme un enjeu politique de première importance.
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À écouter
Popol Talks avec Claire Touzard
Pour ce nouvel épisode de Popol Talks, Léa Chamboncel a eu le plaisir de recevoir Claire Touzard. Claire est autrice, journaliste et scénariste, mais elle est également engagée dans de nombreuses luttes notamment féministes. Dans cet épisode, elle nous raconte son parcours et revient sur ses deux ouvrages : Sans alcool et Féminin. Elle nous parle aussi de son rapport à la politique et de sa vision du féminisme.
À voir
Ni les femmes, ni la terre, film documentaire réalisé par Marine Allard, Lucie Assemat et Coline Dhaussy
À Buenos Aires, un groupe de femmes se mobilise dans un quartier populaire contre les violences patriarcales. À quelques centaines de kilomètres de là, d’autres femmes luttent contre Monsanto et les extractions de minerais, qui provoquent la destruction de leurs villages. Plus loin encore en Bolivie, une femme raconte la spoliation des terres autochtones par les colonisateurs d’hier et d’aujourd’hui. Ni les femmes ni la terre est un voyage, dans lequel les réalisatrices montrent la symétrie entre les appropriations capitalistes, patriarcales et coloniales des corps des femmes et des terres.
Anatomie d’une chute, Justine Triet
Difficile de décrire précisément ce bijou cinématographique que nous offre l’incroyable Justine Triet. Thriller psychologique ? Drame policier ? Peu importe, regardez-le !
L’histoire nous plonge dans l’intimité d’une famille, un couple (Sandra et Samuel) et leur fils malvoyant de 11 ans, Daniel, qui vivent depuis un an loin de tout, à la montagne. Un jour, Samuel est retrouvé mort au pied de leur maison. Une enquête pour mort suspecte est ouverte. Sandra est bientôt inculpée malgré le doute : s’agit-il d’un suicide ou d’un homicide ? Difficile de trancher…
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